Mémoire fin d'études EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception online des téléspectateurs d'Un dîner presque parfait"

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Social Media

Published on March 5, 2014

Author: EveAnaelleBlandin

Source: slideshare.net

Description

Ce mémoire est une étude qualitative visant à analyser la réception online des téléspectateurs de l'émission de M6 "Un dîner *presque parfait", en termes d'usages et de contenus. Elle s'appuie sur une veille qualitative des conversations sur les réseaux sociaux et forums dédiés à l'émission (avec une attention particulière portée à l'impact du caractère officiel ou non du média social étudié), complétée par quelques entretiens semi-directifs, et des lectures théoriques issues de la sociologie des réseaux et de la sociologie de la télévision.

Eve-Anaelle Blandin SCIENCES PO LYON Institut d’études politiques de Lyon Mémoire de fin d’études Etude de la réception online des téléspectateurs d’ « Un dîner presque parfait » Sous la direction de Max Sanier Maître de Conférences en communicationà l’Institut d’études politiques de Lyon Jury également composé de Jean-Michel Rampon Maître de Conférences en communication à l’Institut d’études politiques de Lyon Soutenu en décembre 2013 – A obtenu la note de 19/20 1

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Sommaire Introduction ....................................................................................................................................... 5 I/ D’une réception à l’autre, d’un réseau social à l’autre ................................................................ 22 1) La réception online des téléspectateurs d’Un dîner presque parfait sur Facebook ................ 22 a) La page Facebook officielle : des téléspectateurs avant tout guidés par un community manager et par le format du réseau social .............................................................................. 22 b) La page Facebook officielle : l’influence du caractère officiel ............................................. 26 c) L’impact du contenu télévisuel sur la réception online ....................................................... 32 2) La réception online des usagers de Twitter ............................................................................. 40 a) L’importance de la structure du réseau social ..................................................................... 40 b) Le statut hybride public / privé du tweet ............................................................................ 43 II/ De la réception en termes de forme et d’usages …..................................................................... 52 1) Commenter l’émission en direct : chat ou forum ? ................................................................. 52 a) La réappropriation du forum par les usagers ou lorsque le forum devient chat................. 52 b) Des télénautes anonymes (et nombreux) commentent l’émission .................................... 54 c) Des forums de discussion à la modération différente ......................................................... 59 d) Le forum non officiel : un petit groupe de télénautes, amis avant tout.............................. 63 2) Une réception collective virtuelle ? ......................................................................................... 66 a) Une soirée entre amis devant Un dîner presque parfait ..................................................... 66 b) Réception collective plus ou moins affirmée, comment expliquer la différence entre les deux forums ?........................................................................................................................... 76 3) La réception online des téléspectateurs d’Un dîner presque parfait, après la diffusion de l’émission ..................................................................................................................................... 80 a) A posteriori de l’émission, quelle attention prêter aux messages échangés pendant la diffusion ?................................................................................................................................. 80 b) Le forum utile : adresser un message au candidat .............................................................. 84 c) Le forum non officiel, un moyen de savoir quelle émission regarder ou de remplacer le visionnage d’UDPP ................................................................................................................... 86 III/ … A la réception en termes de contenus .................................................................................... 92 1) Des téléspectateurs à la réception télévisuelle online très proche… ...................................... 92 a) Les téléspectateurs jugent en fonction d’attentes liées à l’émission (et donc à ce que doit être un bon dîner) .................................................................................................................... 92 b) Les téléspectateurs jugent en fonction de leurs goûts personnels .................................. 100 c) L’ambiance d’une soirée UDPP ou la recherche d’un moment télévisuel divertissant avant tout. ........................................................................................................................................ 105 d) Le plaisir d’une émission de TV réalité : percer les rouages de l’émission ........................ 110 3

2) … dont la réception reste influencée par le caractère officiel ou non de la plateforme d’échange ................................................................................................................................... 113 a) La relation à la chaîne du forum officiel transparaît dans les discours online des téléspectateurs ...................................................................................................................... 113 b) Les réceptions différentes d’une semaine d’Un dîner presque parfait faite de multiple péripéties ............................................................................................................................... 116 Conclusion ...................................................................................................................................... 127 4

Introduction « La télévision est le 'passeur', le grand 'messager' de la société des solitudes organisées, réduisant les exclusions très puissantes de la société de masse. Car le drame de la société de masse est qu'il n'y a personne entre les individus et la société, et le rôle essentiel de la télévision est d'assurer une sorte de va-et-vient entre ces deux extrêmes de l'échelle sociale.La télévision ne brise pas les isolements et les exclusions, mais contrairement à ce que l'on a souvent dit, elle ne les accentue pas. Au contraire, elle en limite les effets1 ». En écrivant cela, Dominique Wolton tempérait les craintes parfois exprimées à l’encontre de la télévision. La crainte d’un média de masse qui, en diffusant massivement à des individus et non à des groupes, risquerait de fragmenter la société en engendrant toujours plus d’individualisme. Pourtant, que la réception télévisuelle se fasse de manière individuelle ou de manière collective, il s’est rapidement avéré que la télévision rassemblait des téléspectateurs en un public, réunis par un écran de télévision, au même moment, devant un même programme. Il s’est avéré que la réception n’était pas un phénomène circonscrit dans le temps ou même dans l’espace, mais qu’il s’amorçait au préalable de la diffusion de l’émission au gré de lectures d’articles de presse ou de commentaires divers et variés, pour se poursuivre au-delà de l’écran noir du téléviseur, à travers des discussions avec son conjoint, un collègue de bureau, ou un illustre inconnu lisant un article sur le programme TV à la caisse du supermarché. Dès lors, en effet, la télévision semblait être en mesure de « limiter les effets » de l’exclusion. En 2013 et à l’aube de l’année 2014, alors que l’environnement médiatique, communicationnel et technologique se transforme de plus en plus rapidement, laissant à peine le temps aux usagers de s’approprier une innovation qu’une nouvelle fait déjà parler d’elle, le contexte de réception de la télévision a largement évolué et est alors source d’interrogations quant à cette affirmation que Wolton (2011) écrivait noir sur blanc. On oublie parfois que si la télévision est devenue cet élément structurant du quotidien, c’est notamment grâce à sa matérialité et à un contexte de réception bien particulier. Les programmes télévisés ne pouvaient, jusqu’à récemment, être regardés que grâce à un téléviseur auquel les foyers donnaient souvent une place centrale, salon, cuisine ou salle à manger : une pièce commune dans laquelle tous les membres du ménage sont les bienvenus. 1 Wolton Dominique, Eloge du grand public : une théorie critique de la télévision, Flammarion, 2011, p.149 5

Autre point important du développement de ce média de masse : le contexte de réception. En effet, si la télévision a pu prendre une telle place dans le quotidien de nombreux foyers français2 c’est que la relation établie entre les téléspectateurs et la télévision était une relation verticale : du poste de télévision au téléspectateur. Cela n’empêchait en rien des résistances aux messages envoyés par les programmes télévisés, mais la télévision était bien souvent un moyen facile de se détendre un moment, assis sur le canapé, en ne faisant rien d’autre que profiter de son émission préférée. De même, si la télévision était parfois utilisée comme fond à une activité parallèle (la réception du téléspectateur se faisant alors dégagée), celle-ci était rarement liée à une autre source médiatique : la télévision et la radio allumées en même temps faisant par exemple difficilement bon ménage. Ces dix dernières années, le contexte de réception s’est transformé de manière significative, et cette transformation s’est accélérée depuis cinq ans. Dans un premier temps, le canal de diffusion des émissions n’est plus unique : il reste tout à fait possible de regarder son programme favori depuis un poste de télévision (qui n’est d’ailleurs plus nécessairement unique dans le foyer3), mais rien n’empêche de le regarder en direct ou en replay depuis son ordinateur, ou d’en savourer les principaux extraits depuis son Smartphone. Par ailleurs, si l’attention du téléspectateur pouvait être perturbée par un coup de téléphone retentissant, elle est aujourd’hui bien plus exposée aux perturbations extérieures et partagée entre différents moyens de communication : lire une notification Facebook, répondre à un SMS ou être averti d’une réponse au topic créé sur un forum – que le téléspectateur soit installé devant son poste de télévision, suivant alors le schéma « traditionnel » de la réception télévisuelle, il reste incontestable que la réception s’en voit nécessairement transformée. Il apparait donc clairement qu’étudier la réception télévisuelle aujourd’hui nécessite de prendre en compte le fait que la télévision s’insère dans un environnement médiatique, technologique, et communicationnel bien différent de celui d’il y a un peu plus de dix ans, et qui de évolue particulièrement vite. Comme l’expliquent Morley et Sliverstone (1992),« more complexe situations occur with digitalization and convergences, such as parallel use of media, cross-media applications 4», tout en ne supprimant pas 2 Nabli Fella et Ricroch Layla, « Plus souvent seul devant son écran », Insee Première, n°1437, 2013 Nabli Fella et Ricroch Layla, « Plus souvent seul devant son écran », Insee Première, n°1437, 2013 4 Silverstone Roger et Morley David, 1992, cités dans Gentikow Barabara, «Television use in new media environments », dans Relocating Television : television in the digital context, Edition Jostein Gripsrud, Routledge, Londres, 2010, p.142 3 6

complètement des pratiques plus traditionnelles. De même, le modèle du téléspectateur actif/passif « n’a plus de pertinence » selon Jacques Guyot (1995)puisque le poste de télévision se trouve nécessairement au centre d’activités très diversifiées. Des images que l’on peut recevoir de n’importe où, une convergence des médias qui pourrait mener à une confusion des métiers entre les secteurs de la téléphonie, de l’Internet, de la télévision et du cinéma, des téléspectateurs dont l’attention se dissipe et qui seraient de plus en plus demandeurs d’un droit d’expression et d’une interactivité renforcée (Missika : 2006) : après avoir été accusée d’accentuer l’individualisme de notre société, la télévision est aujourd’hui bien souvent considérée en voie d’extinction compte tenu de ce nouveau contexte de réception. Pourtant, depuis quelques années il semblerait que l’industrie audiovisuelle cherche à déjouer ces prédictions funestes. En effet le secteur audiovisuel, plutôt que de mener une lutte déjà perdue, a cherché à adapter le média qu’est la télévision à ce nouveau contexte de réception et à la rendre complémentaire à Internet. La qualification de ce phénomène reste encore un peu flou : « télévision connectée », « digital TV », « télénaute », « double screening », « télévision interactive », « cybertélévision » beaucoup de termes se croisent et s'entrecoupent, tendant à définir cette nouvelle tendance qui pourrait finalement se résumer ainsi : la réception télévisuelle est un processus qui ne se réalise plus exclusivement devant son poste de télévision. Premier exemple de cette convergence technologique, la télévision connectée, qui consiste à recevoir Internet sur son téléviseur : « Une des principales innovations de la TV connectée est d’accéder, depuis son téléviseur, à une profusion de services : recherche sur le Web, Facebook, Twitter, applications, navigation parallèle au visionnage de la télé, enregistrement de programmes… »5. De plus, la télévision connectée tend à transformer le schéma de diffusion traditionnel de la télévision. On passe d’une diffusion de masse à une « délinéarisation de la diffusion où cette fois, l’internaute décide du contenu qu’il regarde et du moment auquel il le regarde (unicast) »6. Mais c’est en fait un nombre impressionnant de nouvelles facettes du mix-media qui s'ouvrent : les réseaux sociaux deviennent des plates-formes qui servent tant à s'exprimer, 5 « Le télénaute en questions », http://www.strategies.fr/etudes-tendances/dossiers/163883/163340W/letelenaute-en-questions.html, 2011 6 Olivier Cimelière, « L’écran TV se connecte au social, les téléspectateurs aussi ? », http://www.leblogducommunicant2-0.com/2012/06/06/lecran-tv-se-connecte-au-social-les-telespectateursaussi/, 2012 7

recommander, ou encore à stimuler l'audience. Les émissions de télévision ne font plus l'objet de blogs de fans mais de sites officiels, offrant généralement des lieux d'expression comme les forums. Twitter s'empare également de ce mix-media pour que les télénautes puissent exprimer rapidement, en quelques mots, un ressenti lors du visionnage d'une émission et le partager avec une communauté qui se retrouvera grâce à un hashtag commun. La TV connectée prend alors une direction vers la Social TV(« télévision augmentée des conversation de l’audience autour des programmes via les réseaux sociaux »7), où l'on cherche à recréer via le net, un lien social qu'on croyait perdu à cause d’une pratique télévisuelle souvent soupçonnée d'être un nouvel instrument venant fragmenter la société et engendrant plus d’individualisme (Flichy : 2004). Aujourd'hui le secteur audiovisuel cherche à stimuler l'audience en impliquant les téléspectateurs, via le net. Les télénautes peuvent désormais voter, donner leur avis, critiquer, encourager les candidats par internet. Il semblerait en fait qu'on recrée une situation de réception collective, où plusieurs personnes partagent un moment télévisuel devant un seul et unique poste de télévision, à distance, virtuellement. La TV réalité est aujourd'hui le genre le plus touché par la Social TV (Benoît Raphaël, 20108), ce qui semble en fait être une suite logique. Le succès de la TV réalité tient principalement en la réduction de la distance entre le téléspectateur et le programme télévisuel. Ce sont des gens « comme tout le monde » que le téléspectateur regarde, ce sont des émissions auxquelles il pourrait participer sans problème, ce sont des émissions sur lesquelles il peut avoir un impact en votant (Lafrance : 2005). Ces programmes sont un genre hybride, à la croisée du documentaire et du divertissement, de la réalité et de la fiction. Dès lors, la TV connectée et plus généralement la Social TV se sont présentées comme un moyen idéal de renforcer cette proximité entre le téléspectateur et le programme télévisé. Les plates-formes virtuelles d'expression sur les émissions télévisées se multiplient, les télénautes peuvent voter et répondre à des sondages lors du visionnage de l'émission, que ce soit grâce à une télévision connectée où aux sites de replay de plus en plus élaborés. Les télénautes peuvent donner leur avis ou leurs encouragements en direct, des commentaires qui peuvent alors être repris pendant l'émission même. De prime abord, les téléspectateurs seraient donc désormais face à une télévision interactive et à des 7 « Social TV World Summit : la télévision a quitté le téléviseur ! », http://meta-media.fr/2012/05/25/socialtv-world-summit-la-television-a-quitte-le-televiseur.html, 2012 8 http://www.benoitraphael.com/2010/11/03/deconnecter-la-tv/ 8

programmes télévisés qui leur donnent un droit d’expression : « the new devices make television more than a mass medium for just watching and listening 9» (Gentikow : 2010). J’avais, sans vraiment le vouloir ou du moins le cibler, déjà pu avoir un aperçu de la Social TV, grâce à mon mémoire de 4ème année consacré à la réception des émissions culinaires actuelles. C’est en recherchant des téléspectateurs à interroger par l’intermédiaire d’entretiens, que je me suis intéressée à la réception particulière de Lara, Fabrice et Véronique, tous trois membres actifs du forum www.1dinerpresqueparfait.com. Alors que je m’étais rendue sur ce forum avant tout pour être sûre de pouvoir interroger de fervents téléspectateurs des émissions auxquelles je m’intéressais (Un dîner presque parfait, Top Chef, et Masterchef), c’est une réception à part entière que je découvrais : une réception non seulement liée aux programmes de TF1 et M6 mais aussi, et surtout, à cette plateforme d’échange virtuelle. Grâce aux entretiens réalisés avec ces trois téléspectateurs j’ai pu montrer que ces émissions allaient a contrario de l’idée selon laquelle la télévision pouvait être un vecteur d’individualisme. La réception solitaire de ces trois enquêtés les a poussés à rechercher un lieu virtuel pour pouvoir échanger des commentaires, impressions et jugements sur l’émission : le forum, et même à aller au-delà en créant de véritables liens d’amitié. Le forum est devenu une part intégrante de la vie de ses membres, depuis quatre ans, et il a transformé la façon de regarder les émissions culinaires favorites de ces téléspectateurs. Ainsi Lara commente toujours en direct de la diffusion de l’émission, son regard allant alors de l’écran de télévision à l’écran de son ordinateur (elle pratique alors le double screening). Fabrice prend des notes pendant l’émission pour pouvoir faire un commentaire détaillé et construit de ses impressions quant à la soirée qui vient de se dérouler, et veille à mettre en avant des éléments qui permettront de relancer la discussion entre les membres du forum. C’est donc là une réception bien différente des émissions culinaires actuelles, le forum venant modifier tant le moment télévisuel que le quotidien de ces téléspectateurs devenus amis. C’est incontestablement cette première esquisse d’analyse qui m’a donné envie d’aller plus loin sur cette question de la Social TV et plus généralement de la réception télévisuelle des émissions culinaires actuelles à travers les plateformes virtuelles d’échange, aussi appelées médias sociaux : Facebook, Twitter, et bien évidemment, les forums de discussion. 9 Gentikow Barabara, 2010, op.cit., p.143 9

A l'heure où l'offre télévisuelle se transforme pour s'adapter à un nouvel environnement médiatique et technologique, le téléspectateur devient télénaute et parfois actif usager de la Social TV à travers la pratique du double screening. L’interaction sociale entre les téléspectateurs et la pratique communicationnelle sur les médias sociaux qui résultent de la Social TV, semblent logiquement mener à une réception collective comme celle décrite par les membres du forum non officiel www.1dinerpresqueparfait.com. Pourtant, un réseau social finalement très individuel comme Twitter, ou une plateforme telle que Facebook où les membres de « fanpages » s’expriment principalement par l’intermédiaire de commentaires aux posts du community manager, ne vont pas véritablement en faveur d’échanges spontanés entre téléspectateurs, in fine créateurs de liens sociaux entre ces individus que rien ne rapprocherait logiquement. Comment se caractérise alors la réception virtuelle des téléspectateurs d’UDPP, à travers leurs usages des différents médias sociaux et leurs pratiques de communication ? Entre similitudes et différences, comment expliquer que la réception virtuelle d'UDPP soit une réception plurielle ? Avant d’aller plus loin, il me semble important de revenir sur quelques termes clefs de mon objet d’étude. Arrêtons-nous tout d’abord sur le terme fondamental de mon étude, qui est au cœur même de mes recherches depuis deux ans, la réception. La réception d’une émission télévisée est la manière dont cette émission est reçue par les spectateurs, il s’agit donc d’un processus qui s’inscrit dans un contexte historique, culturel, et collectif. Le contexte de la réception étant multiforme, la réception elle-même ne peut être unique et universelle, il en existe différents types. Eric Mace établit par exemple une distinction entre « réception dégagée » et « réception engagée 10 ». La première consiste à utiliser l’émission comme un bruit de fond, en effectuant une autre activité en même temps, ou en la regardant davantage par amusement – pour s’en moquer – et avec une dimension critique pointue, plutôt que par pur et simple goût. Lors d’une « réception engagée » en revanche, il y a un véritable processus d’identification qui se met en place chez le téléspectateur qui regarde l’émission. Comme vous l’aurez compris, la réception à laquelle je m’intéresse dans ce mémoire est une réception particulière, ciblant seulement une partie du public de l’émission de M6 Un 10 Mace Eric, « La programmation de la réception : une sociologie critique des contenus », Réseaux, n°63, 1993 10

dîner presque parfait : il s’agit de la réception des téléspectateurs venant s’exprimer sur des réseaux sociaux associés à l’émission télévisée. Revenons donc sur la définition du « télénaute ». Il s’agit là d’une pratique que Jean-Paul Lafrance (2004) définit « comme l’usage en simultané de la télévision et de l’Internet 11». Avec cette définition, on se rapproche également de la pratique du « double screening » qui consiste à regarder la télévision en utilisant un autre média, généralement un ordinateur (et de plus en plus, les tablettes). Lors de la pratique du télénaute, et dans une moindre mesure du double screening (couramment, cette dernière est généralement associée à l’utilisation d’une tablette permettant d’accéder aux différents réseaux sociaux liés à l’émission diffusée au même moment sur le poste de télévision), l’utilisation du média supplémentaire n’est pas nécessairement liée à une pratique communicationnelle autour du contenu télévisuel. Typiquement, un téléspectateur comme Lara, est à la fois télénaute (elle utilise internet tout en regardant la télévision), et pratique le double screening (son attention est toujours partagée entre son écran d’ordinateur et son téléviseur). Dans le cadre de ce mémoire, je veillerai à qualifier les téléspectateurs dont j’étudie les discours online de « télénautes », lorsque ceux-ci postent sur les médias sociaux au moment de la diffusion de l’émission. Dans les cas où ils s’exprimeraient avant ou a posteriori de l’émission de la diffusion, je conserverai – autant que possible – le terme de « téléspectateur » ou d’ « usager » de telle ou telle plateforme d’échange. Mais Lara, et c’est le cas de tous les téléspectateurs dont la pratique communicationnelle est étudiée dans ce mémoire, est également une active utilisatrice de la « Social TV ». La Social TVest la convergence entre les contenus télévisuels et les médias sociaux. Elle donne naissance à une interaction sociale qui se traduit par une pratique communicationnelle autour d'un contenu télévisuel. Le processus de réception ne se fait plus seulement devant leur écran de télévision mais en interaction sur des médias sociaux tels que Facebook, Twitter, ou encore les forums. Cette convergence peut se faire en même temps que le visionnage de l'émission ou après. De même elle peut se dérouler sur des médias très variés : de l'ordinateur à la tablette tactile, en passant par le Smartphone. La Social TV revêt différents aspects : - les recommandations ; - l'interaction via les réseaux sociaux ; 11 Lafrance Jean-Paul, « Le phénomène télénaute ou la convergence télévision/ordinateur chez les jeunes », Réseaux, n°19-130, p311-322, 2005, p.314 11

- les commentaires ; - les votes - les chats - l'échange de contenu télévisuel supplémentaire (vidéo, articles, photos). La Social TV est un phénomène particulièrement large à étudier puisqu’il peut prendre forme par l’intermédiaire de nombreux médias différents. Dans le cadre de ce mémoire, il m’a fallu restreindre mon champ de recherche, tout d’abord afin qu’il soit pratiquement réalisable dans le cadre d’un mémoire de stage, mais également afin que la méthodologie adoptée (correspondant en fait à la mise en application d’une technique acquise pendant mon stage de fin d’études) : la veille qualitative, permette de répondre aux hypothèses de recherche et donc d’avoir une idée relativement précise de ce en quoi consiste la réception online des téléspectateurs d’UDPP. Cette restriction du champ s’est effectuée sur plusieurs axes. J’ai dans un premier temps choisi de m’intéresser à l’émission Un dîner presque parfait, diffusée du lundi au vendredi en fin d’après-midi sur M6. Plusieurs raisons permettent d’expliquer ce choix. Cette émission est tout d’abord celle qui a rassemblé les premiers téléspectateurs des émissions culinaires : datant de 2006 elle a été la première émission grand public à mettre au cœur de son programme la cuisine. C’est depuis son succès que la mode des émissions culinaires a été lancée. Elle a d’ailleurs été le premier point commun des membres du forum non officiel www.1dinerpresqueparfait.com12. Un dîner presque parfait correspond ensuite au genre hybride de la TV réalité (Hill : 2005, Turner : 2001, Kilborn : 1994) : on y retrouve les trois caractéristiques du genre, journalisme tabloïd (on est à la frontière de la sphère privée et de la sphère publique en découvrant l’habitat et la personnalité d’un anonyme), documentaire télévisé (les recettes de cuisine du candidat sont détaillées pendant l’émission), et divertissement populaire (l’animation organisée par les candidats est aussi importante dans la notation que la cuisine). Enfin, travailler sur l’une des émissions culinaires dont j’ai étudié la réception l’an passé me permettait d’avoir déjà un certain nombre d’éléments utiles pour bâtir des hypothèses de recherche, commencer une veille 12 J’utiliserai tout au long de mon étude l’abréviation « FNO » pour désigner le forum non officiel www.1dinerpresqueparfait.com 12

analytique de manière efficace, et avoir une approche comparative entre des discours « réels » issus d’entretiens et des discours online13issus de la veille qualitative. J’ai ensuite décidé de cibler quatre médias sociaux14 : le forum de discussion non officiel d’Un dîner presque parfait (www.1dinerpresqueparfait.com ) évidemment, ainsi que son équivalent officiel puisque Fabrice et Lara m’en avaient tous deux parlé lors de leur entretien comme l’une des raisons les ayant poussés à trouver un forum plus petit afin de discuter des émissions culinaires. J’ai également souhaité m’intéresser à deux réseaux sociaux particulièrement utilisés aujourd’hui en France : Twitter et Facebook. Tout l’intérêt d’analyser la réception online de ces différentes plateformes était d’en faire une comparaison et ainsi, à travers les similitudes et les différences repérées, de chercher des éléments d’explication tant dans le type de structure de la plateforme d’échange que dans le caractère officielle ou non de celle-ci. Je pouvais ainsi trouver des éléments d’explication toujours en suivant mon unique outil méthodologique, la veille analytique qualitative, et ainsi éviter de ne faire qu’une description linéaire des conversations online de ce public à part entière d’Un dîner presque parfait. Je souhaite également donner quelques éléments descriptifs des différents médias sociaux auxquels je m’intéresse afin que le vocabulaire que j’emploie tout au long de mon mémoire soit parfaitement clair. Un forum de discussion« est une correspondance électronique archivée automatiquement, un document numérique dynamique, produit collectivement de manière interactive (Marcoccia, 2001a : 15) ». Ces plateformes d’échange peuvent par ailleurs « être défini[e]s comme des dispositifs hybrides de communication interpersonnelle de masse (Baym, 1998 : 39) dans la mesure où ils permettent à la fois l'échange interpersonnel (A répond à B) et la communication de masse (A poste un message lisible par un nombre potentiellement illimité d'internautes) ». Dans les deux forums auxquels je me suis intéressée, l’émission Un dîner presque parfait faisait l’objet d’une rubrique particulière. Sur le FNO, un topic (c’est-à-dire un sujet sur lequel les usagers mettent en ligne – ou « postent » - leurs messages relatifs à ce sujet) était consacré à chaque semaine d’émission. Alors que sur le FO, la rubrique UDPP était divisée en plusieurs catégories, l’une destinée à discuter des candidats, l’autre à la notation, 13 J’ai délibérément choisi de conserver le terme anglais d’ « online » pour désigner les discours des téléspectateurs sur les plateformes Internet d’échange car c’était là le terme employé pendant mon stage à Tendances Institut, lorsque je m’occupais du dossier sur la réforme des rythmes scolaires pour la Mairie de Paris, ce dernier consistant en une « Etude des discours online relatifs à la Réforme des rythmes scolaires ». 14 Le terme de « médias sociaux » m’a semblé être celui permettant de regrouper les différentes plateformes Internet d’échange puisque Romain Rissoan (2011, p.29) les définit comme un « moyen de communication permettant les interactions sociales en utilisant la technologie et la création de contenu ». 13

ou une autre encore à la soirée en elle-même. Chaque soirée de la semaine d’émission à laquelle je me suis intéressée était donc divisée en plusieurs topics correspondant à des thématiques bien spécifiques (candidat, dîner, notation). Twitter est un réseau social sur lequel les usagers ne peuvent s’exprimer que par l’intermédiaire de messages limités à 140 caractères, ces messages sont appelés des « tweets ». Ce tweet, excepté chez les usagers qui ont fait en sorte que leur compte soit privé, mais c’est un choix très rare sur ce réseau social, est par nature public : tous les usagers de Twitter peuvent le lire. Les usagers peuvent s’abonner à des comptes d’autres usagers (qui n’ont pas à valider ces abonnements), afin que les tweets de ces derniers se retrouvent toujours sur leur fil d’actualité, ils deviennent alors des « followers ». Lorsqu’un usager de ce réseau social tweete, il inclue généralement un « Hashtag », c’està-dire un mot précédé du signe « # ». Ce Hashtag, qui permet de qualifier un tweet par un sujet, constitue alors un lien hypertexte permettant de retrouver tous les tweets abordant le même sujet. C’est grâce à ce Hashtag que j’ai par exemple pu retrouver tous les tweets de téléspectateurs d’UDPP au moment de la diffusion des émissions du soir. Facebook est un réseau social sur lequel chaque utilisateur a un compte personnel auquel seuls ses « amis Facebook » peuvent accéder. Grâce à son compte, l’utilisateur publie des « statuts » qui s’affichent sur son « mur », seuls ses amis peuvent voir ce statut, le « liker » (dire qu’ils aiment ce statut en cliquant sur « j’aime ») ou le commenter. Chaque usager a également un « fil d’actualité », sur lequel est déroulée tous les statuts, photos, ou activités de ses amis. Sur ce réseau social il existe également des « fanpages » que les usagers peuvent liker. A partir du moment où ils likent cette page, tous les statuts mis en ligne par le community manager ou les posts spontanés venant d’autres fans de la page, apparaissent sur son fil d’actualité. Il peut également commenter les statuts, et généralement poster de lui-même des messages sur le mur de la fanpage, ainsi que des photos. Ces fanpagessont peuvent être créées par des fans eux-mêmes, par une personnalité, une institution, ou encore en entreprise. Dans ces derniers cas c’est alors bien souvent un community manager qui anime la page en postant sur le mur des actualités, des photos, des vidéos ou des liens divers et variés. Liker une fanpage est alors un moyen pour l’utilisateur Facebook de s’insérer dans une communauté de fans, mais cela peut remplir des objectifs divers : communiquer avec d’autres fans, avoir accès à des informations ou des contenus spécifiques, ou encore adresser un message à la personnalité ou l’entreprise dont il est question. En 14

ce qui concerne ce mémoire, je m’appuierai sur une veille de différentes fanpages liées à UDPP, dont la fanpage officiel gérée par M6 Publicité Digital. Une fois mes supports d’étude déterminés, une recherche théorique s’imposait, bien que celle-ci ne soit pas facile à mener. Mes recherches de l’an passé sur la réception télévisuelle plus en général m’ont bien évidemment été utiles. Des ouvrages permettant une analyse du discours lors de l’étude de la réception télévisuelle, tels que ceux de Dominique Boullier (2004) ou Brigitte Le Grignon (2003) restent un cadre nécessaire à toute étude sur la réception. De plus, les travaux d’Eric Mace (1992 ; 1993), Michel Gheude (1998) ou Daniel Dayan (1992) permettent de garder en tête des concepts clefs tel que celui de « public » qui me semble particulièrement important dans une étude des médias sociaux puisque, comme j’avais pu le montrer l’an dernier, les membres du forum non officiel d’UDPP semblaient former un public à part entière, uniquement composé des membres les plus actifs. Ce sont également des lectures comme l’article de Dominique Pasquier (1999) qui m’ont fait considérer tout l’intérêt que représenterait une analyse de la réception télévisuelle par l’intermédiaire d’un outil comme la veille qualitative. En effet dans cet article, Dominique Pasquier (1999) explique qu’un téléspectateur peut ne pas assumer de regarder une certaine émission dans un contexte donné, il fait alors partie de l’audience plutôt que du public. Le manque de légitimité de la télévision est à l’origine de discours qui peuvent être difficiles à analyser lors des entretiens, les téléspectateurs n’osant pas forcément parler ouvertement de leur appétence pour certaines émissions de TV réalité, craignant d’être jugés. Une veille qualitative semblait alors en mesure de surmonter en partie ce problème, les plateformes d’échange se caractérisant par des échanges plus libérés du jugement d’autrui, les internautes pouvant s’exprimer sous un pseudonyme, et étant partie intégrante d’une communauté de personnes ayant les mêmes préférences télévisuelles qu’eux. Enfin, si mes recherches passées m’ont été utiles, il est incontestable que le mémoire que j’ai pu réaliser en M1 a été une base de travail importante pour la veille analytique que je réalise cette année : les entretiens réalisés avec les membres du forum non officiel m’ont permis d’esquisser quelques explications aux différences de réception que je pouvais remarquer entre les deux forums étudiés, et j’ai pu confronter l’impact du contenu télévisuel et la façon dont celui-ci était reçu à travers les discours online des téléspectateurs, aux caractéristiques des émissions culinaires actuelles qui ressortaient le plus dans les entretiens que j’avais réalisés au cours de mon mémoire de M1. 15

Néanmoins, d’autres lectures plus spécialisées se sont avérées être nécessaires. J’ai tout d’abord eu besoin de trouver des ouvrages me permettant d’analyser mes notes de veille. L’ouvrage de Mourlhon-Dallies Florence, Raotonoelina Florimond, Reboul-Touré Sandrine (2004) m’a permis de me familiariser avec l’analyse discursive des échanges entre internautes sur les plateformes virtuelles d’expression telles que les chats ou les forums. Certains chapitres détaillent également la structure de certaines plateformes, structure qui influence nécessairement les usages que les internautes ont d’une plateforme virtuelle d’échanges. Les articles de Peter Larsen et Anne Jerslev (2010) ont également été utiles sur un plan analytique. En effet, bien que ces derniers soient moins techniques que l’ouvrage évoqué précédemment, ils m’ont permis de comparer le type d’échange que les téléspectateurs usagers de médias sociaux pouvaient avoir entre eux. Ils présentaient également l’avantage de cibler des internautes venant s’exprimer au sujet d’un programme télévisé, qu’il s’agisse d’une série télévisée, ou mieux encore en ce qui concerne mon sujet, d’une émission de TV réalité. D’autres lectures m’ont permis de contextualiser mon objet de recherche, s’intéressant davantage aux pratiques des téléspectateurs dans un nouveau contexte technologique et médiatique (Lafrance ; 2003, Gentikow ; 2007, 2010, Benett ; 2011, Hanson ; 2007) même si celles-ci étaient moins directement applicables dans le cadre de ce mémoire qui se veut être très pratique et ne peut étudier les usages de l’Internet et des nouveaux moyens de communication des téléspectateurs en se basant uniquement sur une veille analytique. Des entretiens, ainsi qu’un éventuel questionnaire auraient été nécessaires. Certaines interrogations et prédictions de ces auteurs ont néanmoins été questionnées à la lecture des résultats de ma veille analytique. Comme évoqué lors de la définition des termes, l’article de Jean-Paul Lafrance (2005) m’a donné des éléments de cadrage sur certaines nouvelles pratiques émergeants avec un contexte technologique différent, telles que le télénaute. Là encore, mes résultats de veille m’ont permis d’avoir un regard critique sur certaines de ses prédictions ou de ses constats. Dans cette analyse qualitative de la réception online d’Un dîner presque parfait, un autre concept pouvait être utile à garder arrière-plan de la réflexion : celui du groupe de fans. En effet, si ces téléspectateurs se sont rassemblés sur des médias sociaux afin de discuter d’une émission télévisée, c’est qu’ils nourrissent tous, à plus ou moins haut degré, une appétence particulière (n’empêchant pas un regard critique) pour ce programme télévisé. Même si l’on a plutôt tendance à associer le terme de « fan » au public de chanteurs, acteurs, ou quelconque célébrité – et donc moins logiquement à des amateurs de cuisine 16

jusque-là inconnus du grand public – on peut penser que ces téléspectateurs ne sont pas fans d’une personne en particulier mais plutôt d’une émission télévisée. De plus, ils sont quoiqu’il en soit un public à part entière réuni par une passion ou une simple pratique commune, ce qui permet de questionner la notion de groupe de fans chez les téléspectateurs étudiés. Pour cela, je me suis appuyée sur les travaux de Le Guern (2002) et de Patrice Flichy (2004). Enfin, parmi les travaux qui m’ont été les plus utiles, un rapport sur les publics online de Loft Story (Beaudouin Valérie, Beauvisage Thomas, Cardon Dominique, Velkovska Julia ; 2003)est à souligner. En effet c’est sans doute cette étude qui s’approche le plus de la mienne, bien que la méthodologie diffère en partie. Les auteurs ont analysé les discours online des téléspectateurs du Loft sur différentes plateformes d’échanges telles que les forums ou les chats, cette veille s’est déroulée sur plusieurs semaines d’émission. En mêlant cette veille analytique à des entretiens réalisés avec certains internautes, les auteurs ont pu déterminer le profil des internautes « loftiens », l’impact de cette émission de télévision sur les pratiques internet et vice versa, la temporalité des échanges en relation avec la diffusion des émissions, ou encore les thématiques principales abordées dans les conversations entre internautes loftiens. Ce rapport m’a donc permis d’avoir un premier regard sur ces pratiques communicationnelles de téléspectateurs usagers des médias sociaux, ainsi qu’un cadre facilitant l’analyse des discours online des téléspectateurs d’UDPP. Compte tenu de ces lectures, des entretiens que j’avais pu réaliser avec trois membres du forum www.1dinerpresqueparfait.com dans le cadre de mon mémoire de M2, j’ai pu construire deux hypothèses de recherche, qui sont les suivantes : ◘ Le processus de réception à travers Internet ne se caractérise pas de la même façon en fonction du média social. -Twitter engage majoritairement à des encouragements ou recommandations ; - Facebook permet un lien plus direct avec la production:on trouvera alors davantage de conseils de production et de critiques sur l'émission en général. Il y a également une recherche de « bonus » de l'émission : participer à des votes, accéder aux recettes facilement, être averti des dernières informations concernant l'émission ; - Les forums de fans correspondent davantage à une réception collective de l'émission : le but étant d'avoir un échange et non seulement d'exprimer une opinion. C’est également sur ce média que les discours des téléspectateurs autour du contenu télévisuel sont les plus 17

riches, un contenu télévisuel permettant de mener à une véritable discussion entre les téléspectateurs membres des forums. ◘ La type de réception « virtuelle » diffère en fonction du caractère « officiel » ou non de la plateforme, en particulier sur les forums, mais également sur Facebook. - Sur des plateformes officielles on trouvera davantage deposts destinés à commenter l'émission en générale, sans véritablement porter attention aux commentaires des autres téléspectateurs. Les adresses directes à la production ou aux candidats sont plus fréquentes. Par ailleurs, les usagers s'expriment davantage après l'émission, en complément de leur réception directe, plutôt que pendant l'émission, en recherche d'une réception collective. Enfin, c’est avant tout la compétition en laquelle consiste UDPP qui fait l’objet d’une discussion sur les plateformes officielles, les téléspectateurs profitant alors de celles-ci pour exprimer leur soutien à un candidat ou pour réagir à un résultat final qu’ils trouveraient injuste. - Sur des plateformes non officielles, la notion d'échange est beaucoup plus présente, et les liens entre les usagers sont beaucoup plus affirmés.Par ailleurs, à travers leurs discours online autour du contenu télévisuel, les téléspectateurs laissent transparaître une expertise télévisuelle et une culture commune très caractéristique du groupe de fans. Suivre ces hypothèses afin de construire le plan de cette étude de réception online de l’émission UDPP aurait pu sembler être une suite logique. Je n’ai pourtant pas suivi cette voie, les résultats de ma veille analytique s’avérant plus complexes que les hypothèses de recherche ne le prévoyaient. De manière générale, la première hypothèse a été en partie confirmée, c’est pourquoi j’ai décidé de marquer la première étape de mon raisonnement par une première grande partie « D’un réception à l’autre, d’un réseau social à l’autre ». Je m’appuierai ici quasiment uniquement sur l’analyse de veille de la réception online d’UDPP de Facebook et Twitter. Plusieurs raisons à cela : - Ces deux médias sociaux sont des réseaux sociaux et se sont révélées être assez proches en termes de modération. - Le caractère officiel ou non influe relativement peu sur la réception des téléspectateurs étant donné que les pages officielles dominent largement l’espace d’expression consacré à l’émission sur ces réseaux sociaux. - De manière générale, la veille de ces deux réseaux sociaux était beaucoup moins riche en termes de résultat, tant dans le nombre d’échanges que dans les apprentissages à en tirer. 18

Pour ces raisons, je présenterai en premier lieu une analyse de veille de Facebook, en insistant tant sur l’impact du community manager et du format du réseau social, que sur l’influence ou non du caractère officiel ainsi que du contenu télévisuel. Je m’arrêterai par la suite sur l’analyse de veille de Twitter, en soulignant cette fois l’importance de la structure du réseau social et l’impact du statut hybride public / privé du tweet. La veille des deux forums choisis, l’un officiel et l’autre non, fut beaucoup plus riche, tant quantitativement que qualitativement, puisque j’ai in fine réalisé quelques soixante pages de tableaux d’analyse de veille. Il ne me semblait pas pertinent de présenter le résultat de mes recherches en séparant l’analyse de veille du forum officiel de celle du forum non officiel. Au contraire, c’est la confrontation même des résultats et la recherche d’explications liées tant au caractère officiel ou non qu’à la structure de la plateforme, ou encore au contenu en lui-même de l’émission, qui me semblait faire tout l’intérêt de cette étude. J’ai donc décidé de poursuivre mon étude par une seconde grande partie consacrée à la réception online d’UDPP sur les deux forums choisis en termes de forme et d’usages. Celle-ci s’intéresse ainsi à la temporalité des échanges entre les usagers de la Social TV, en lien avec la diffusion de l’émission télévisée, mais également à la forme que les échanges prennent sur ces forums (caractère conflictuel ou non, conversation ou simples avis, hors sujets, gaps ou conversations en aparté), à la typographie, le vocabulaire employé, ou encore la destination et la finalité de certains posts de membres des forums. Enfin, le dernier temps de ma réflexion se centre sur la réception online d’UDPP sur les deux forums choisis en termes de contenus. Le but de cette dernière grande partie est d’analyser les échanges des membres des forums en se centrant davantage sur le contenu télévisuel. Il s’agit en fait d’analyser la façon dont l’émission transparait dans les discours des membres des forums, les thématiques les plus redondantes, les aspects de l’émission plus ou moins critiqués, les valeurs portées par les télénautes pour défendre certains candidats, ou encore l’analyse comparée de la façon dont certaines péripéties de l’émission sont perçues sur les deux forums. Dans ces deux parties, j’essaierai à chaque fois d’analyser les différences entre les deux réceptions online en m’appuyant tant sur la structure du forum, la modération et l’administration de celui-ci, le caractère officiel ou non (celui-ci impliquant un nombre de membres plus ou moins important, une modération particulière, et une relation à la chaîne plus ou moins affirmée), le niveau culinaire de certains téléspectateurs tel qu’il transparait dans leurs discours, le programme en lui-même, ou encore la situation de réception. 19

Pour terminer cette introduction, je souhaite revenir brièvement sur la méthodologie utilisée pour cette analyse de la réception online d’UDPP sur des médias sociaux. Précisons tout d’abord que je me permets de parler de « réception online » puisque c’était là le terme employé pour nommer la note de veille que j’ai réalisé au cours de mon stage pour la mairie de Paris (« Analyse de la réception online de la réforme des rythmes scolaires chez les parents parisiens »), et j’ai suivi le même type de méthodologie. La veille analytique est en fait une méthode de recherche très intuitive. Il s’agit tout d’abord de suivre le cours des échanges en prenant un maximum de notes, tant sur la forme des échanges (l’heure à laquelle les personnes s’expriment, la typographie, l’aspect conversationnel ou non des échanges, type de langage employé, etc.) que sur le contenu de ces derniers (thématiques redondantes, jugements de valeurs, moments clefs de l’émission, etc.). Cette première (mais rigoureuse) prise de note permet déjà de voir se dégager quelques axes qui permettront ensuite d’affiner tant la veille que l’analyse, en rapport avec les hypothèses de recherche. J’ai ensuite déterminé une semaine d’émission à suivre plus particulièrement. J’ai opté pour la première semaine de mai, sans raison particulière si ce n’est que j’avais terminé la plupart de mes lectures théoriques à ce moment-là et que j’estimais avoir assez d’expérience de veille grâce à mon stage pour commencer celle destinée à mon mémoire. J’ai débuté par la veille des forums. J’ai pu déterminer plusieurs axes de veille tels que par exemple « Discussion comme dans un chat », « A posteriori de l’émission », « Réception collective », « Intérêt porté au candidat », « Jugement sur la cohérence du repas », ou encore « Rapport à la production ou à la chaîne ». J’ai ensuite bâti des tableaux d’analyse en répertoriant pour chaque forum et pour chaque axe, des extraits d’échanges, des heures d’expression, ou encore des citations directes de posts. J’ai par la suite synthétisé les résultats de ces différents tableaux afin de pouvoir avoir une vision plus globale et ainsi construire un plan – du moins je l’espère – cohérent. J’ai également détaillé la structure de chacun des forums (les différentes rubriques, les modérateurs etc.) au cas où celle-ci pourrait me donner des éléments d’explication aux différences repérées en termes d’usages et de contenus par rapport à la semaine d’émission choisie. La veille sur Facebook a été plus rapide, pour la simple raison que les pages non officielles sont rares et peu alimentées, et que la page officielle est en fait menée d’une main de fer par le community manager, laissant alors peu de place aux internautes pour s’exprimer. J’ai 20

donc pu bâtir un plan directement depuis mes notes de veille, une fois celles-ci synthétisées. Enfin, la veille Twitter s’est avérée plus compliquée. Je n’ai commencé cette veille que plus tardivement, or quelques obstacles se sont présentés. J’ai tout d’abord découvert qu’il n’était pas possible sur ce réseau social, contrairement à Facebook ou les forums de discussion, de retrouver des échanges qui se sont déroulés précédemment, par l’intermédiaire d’une recherche via un hashtag commun. Or, le fil Twitter officiel de l’émission est très irrégulièrement alimenté et rien n’a été mis en ligne pendant la semaine d’émission à laquelle je m’intéressais. Par ailleurs, il est à noter que les tweets mis en ligne sur le fil Twitter officiel de l’émission et les statuts postés sur Facebook sont exactement les mêmes, ils renvoient d’ailleurs aux mêmes liens (recettes de cuisine, site de M6). J’ai également essayé de retrouver des esquisses de tweets en m’abonnant au fil Twitter du candidat Norbert Tarayre qui était le candidat célèbre surprise de cette « semaine spéciale » d’UDPP, mais là encore, le candidat ne donnait que fort peu d’informations. Je me suis donc résignée à suivre les tweets en direct de plusieurs soirées d’émission du mois de juin, toujours par l’intermédiaire d’une recherche basée sur les hashtags communs « #UDPP » et « #Undînerpresqueparfait ». Néanmoins, même en suivant ces tweets en direct d’une émission, la veille de ce réseau social n’a pas été particulièrement riche tant quantitativement que qualitativement, c’est d’ailleurs pour cette raison que la partie que je consacre à l’analyse de veille de Twitter est la plus petite de ce mémoire de stage. C’est donc en suivant cette méthodologie, certes réduite à un seul outil mais il me semble complémentaire à l’étude que j’ai pu réaliser l’an passé et liée à ce que j’ai appris pendant mon stage de fin d’études, que je suis arrivée aux résultats de mon enquête sur la réception online d’UDPP sur trois types de médias sociaux, que je vous propose maintenant. 21

I/ D’une réception à l’autre, d’un réseau social à l’autre Etre présent sur des réseaux sociaux tels que Facebook ou Twitter pour une entreprise ou une institution, c’est un moyen de créer un lien plus direct avec sa clientèle ou du moins le public auquel elle s’adresse. Les réseaux sociaux peuvent donc contribuer à valoriser l’image d’une entreprise, à se faire connaître, mais aussi à influencer le public auquel elle s’adresse. Dès lors, Facebook ou Twitter semblent également parfaitement en mesure de répondre à ce que le secteur audiovisuel et plus précisément celui de la télévision considère comme la nouvelle attente des téléspectateurs : une télévision interactive, participative. Les pages Facebook ou les fils Twitter de telle chaîne, telle émission, telle personnalité télévisuelle, se créent, des community manager sont engagés pour les faire vivre et faire donc participer les téléspectateurs à l’émission par l’intermédiaire du net. C’est aussi évidemment une façon de faire connaître l’émission, de la promouvoir. Mais dans cette partie, je souhaite m’intéresser non seulement à ce que le secteur audiovisuel fait des réseaux sociaux, mais à la façon dont les téléspectateurs – et dans mon cas les téléspectateurs d’Un dîner presque parfait – utilisent, s’approprient, des plateformes virtuelles telles que Twitter ou Facebook. Je souhaite également interroger l’impact tant du caractère officiel de certaines plateformes (la page Facebook officielle d’UDPP, c’est-à-dire gérée par M6 Publicité Digital), que celui de la structure du réseau social, ou encore du contenu télévisuel. Il s’agit donc dans cette première étape de ma réflexion de caractériser et de comprendre la réception online des usagers de Facebook et Twitter téléspectateurs d’UDPP. 1) La réception online des téléspectateurs d’Un dîner presque parfait sur Facebook a) La page Facebook officielle : des téléspectateurs avant tout guidés par un community manager et par le format du réseau social Lorsqu’on s’intéresse à la page Facebook officielle de l’émission Un dîner presque parfait, une simple veille exploratoire permet de comprendre que le community manager (CM) a un rôle primordial sur ce réseau social et influence donc fortement la réception online des « Facebookiens » téléspectateurs d’UDPP. Détaillons tout d’abord la structure de cette page Facebook pendant le déroulement de la semaine d’émission à laquelle je me suis intéressée. L’activité de la page est très régulée par le community manager. Le lundi, premier jour de la semaine de diffusion, le CM donne quelques éléments informatifs sur l’émission, avec la tonalité que l’on trouve généralement sur les pages Facebook gérées par des CM professionnels, dont le but est avant tout d’inciter les télénautes à regarder l’émission : 22

« Un dîner presque parfait aura cette semaine un invité plutôt rock n'roll : Norbert Tarayre, finaliste de Top Chef 2012 ! Préparez-vous à une semaine riche en rebondissements ! » Plus tard dans la journée, le CM poste cette fois un statut à dominante culinaire, avec un lien renvoyant à la recette disponible sur le site M6 de l’émission UDPP : « Comment réaliser une quiche lorraine ? » C’est en fait la structure de posts adoptée sur la page de l’émission chaque jour : un post concernant un candidat de l’émission et son dîner, et un post davantage porté sur l’aspect culinaire, renvoyant généralement à des recettes que les télénautes peuvent retrouver sur le site de l’émission. Les posts concernant les candidats sont postés le lendemain de la diffusion, afin que les télénautes s’expriment sur l’émission vue la veille et qu’ils puissent retrouver les recettes réalisées par le candidat rapidement : « Odile a séduit ses invités par sa gastronomie ! Retrouvez la recette de son carré d'agneau » « Découvrez la délicieuse recette du sablé pomme caramélisée de Norbert ! Qu'avez-vous pensé de son dîner ? » Le but du CM est donc non seulement de faire vivre la page Facebook (et donc que les internautes commentent, likent et partagent les postent), mais également de créer du trafic sur le site internet dédié à l’émission. Il est intéressant de noter que les télénautes sont particulièrement dociles face à cette structure parfaitement maîtrisée par le CM : ils attendent le post du CM pour s’exprimer sur le dîner, likent et partagent plus ou moins largement … et ne pourraient, en fait, pas tellement faire autrement. En effet, sur les pages Facebook associées à des personnalités, des entreprises ou des émissions de télévision, il existe de la même manière un CM qui alimente quasiment quotidiennement la page, mais les internautes peuvent également directement poster un message sur le mur de la personnalité/entreprise. C’est d’ailleurs là tout le risque des pages Facebook puisqu’elles permettent alors aux internautes de s’exprimer négativement, et il est toujours délicat de supprimer les publications, ce qui laisseraitsous-entendre une censure pas forcément profitable à l’image de l’entreprise. Pourtant, M6 semble avoir fait le choix de ne pas s’embarrasser de telles délicatesses puisqu’aucun télénaute ne s’exprime directement sur le mur de cette page. J’avais d’ailleurs moimême tenté l’expérience l’an passé, afin de faire un appel aux télénautes susceptibles d’accepter un entretien ; mon post avait été supprimé dans l’heure qui suivait. On retrouve donc ici la posture du modérateur d’un forum de discussion décrite par MourlhonDallies (2004). Il est en effet expliqué dans le chapitre 2 de cet ouvrage que le modérateur a pour fonction de « mettre en circulation la parole » et de « ne pas la prendre » (ici, le modérateur oriente les discussions, les lance, mais ne s’exprime jamais en son nom ni ne prend position), il 23

« sélectionne les messages dignes de figurer sur le web et relance le débat, tout en évitant les dérapages », il a enfin un « rôle de censeur minoré au profit de celui d’animateur, chargé de relancer la discussion et de créer une bonne ambiance 15». On retrouve donc les principales caractéristiques évoquées dans cette définition du modérateur d’un forum de discussion, bien que ce soit celle qui consiste à rythmer les discussions qui domine sur Facebook. De plus, le rôle de censeur est également très présent puisque le CM n’hésite pas à supprimer tous les posts de téléspectateurs qui s’exprimeraient directement sur le mur de la page Facebook et non en réponse à un post du CM. Nous verrons dans la partie II/ et III/ que les modérateurs des deux forums étudiés ne correspondent quant à eux pas forcément à cette définition. Ce premier constat implique donc plusieurs choses : - Tout d’abord, les télénautes ne commentent pas l’émission en direct de l’émission, ce qui rend dès lors impossible toute réception collective virtuelle au moment de la diffusion ; - Leurs commentaires sont, de plus, orientés en fonction du post du CM qui s’efforce généralement de souligner une caractéristique particulière du dîner. Ainsi, lorsque le CM poste « Découvrez la délicieuse recette du sablé pomme caramélisée de Norbert ! Qu’avez-vous pensé de son dîner ? », la majorité des 24 commentaires se centre sur la question posée et donc sur la recette de la tarte : « rhooo oui », « hummmm », « je vais l’essayer ». Cette orientation de la discussion par le CM, accompagnée d’un contrôle particulièrement fort envers toute expression spontanée, ne permet en fait que peu de dialogue entre les télénautes. Les télénautes ne rebondissent pas ou rarement sur certains commentaires d’autres télénautes, laissant penser que la majorité d’entre eux ne lit pas ce qui s’est dit au préalable. De plus, la grande majorité des « Facebookiens » s’exprime à la première personne du singulier : « ce soir je regarde », « j’adore ce mec », ou sans aucune implication personnelle : « quel défit ce mec ! », et les télénautes utilisant un « on » représentatif d’un public à part entière de l’émission sont bien rares (« on va bien se poiler avec lui cool  » ). On note de plus que les messages sont généralement courts, ce qui est probablement lié au format du commentaire qui incite à donner un avis bref plutôt qu’une opinion étayée d’arguments précis : « oh yes yes yes », « Norbert un peu pénible ». Enfin, lorsqu’on s’intéresse à la typographie des commentaires, on remarque que les fautes d’orthographe sont souvent présentes (contrairement aux messages dans les forums de discussion étudiés), les acronymes utilisés à maintes reprises, et la ponctuation accentuée : « jladort il est trop marrant sa femme doit pas s’ennuyer avec lui lol », « bravo norbert !! et surtout reste … inébralable !! ptdr », « MDR !!! Excelland, grandiose ! ». Néanmoins, pour un réseau social que l’on associe généralement à un public assez jeune, au format 15 Mourlhon-Dallies Florence, Raotonoelina Florimond, Reboul-Touré Sandrine, Les discours de l’Internet : nouveaux corpus, nouveaux modèles ?, Presse Sorbonne nouvelle / Les carnets du Cediscor 8, 2004, p133134. 24

incitant à des expressions plutôt courtes et rapides, on aurait pu s’attendre à une typographie encore plus éloignée du français académique. On retrouve dans cette description de la forme la plus prégnante des commentaires ce que Anne Jerslev (2010) détaille dans son article consacré à l’analyse des échanges sur un forum de discussion dédié au télé crochet « X Factor ». En effet dans celui-ci Anne Jerslev (2010) note que les échanges sont généralement très passionnés, ponctués et fortement engagés : « most of the texts could be described as affective performances 16». De plus, elle souligne que les télénautes s’expriment surtout afin de simplement donner leur avis plutôt que de rechercher un véritable échange, ce qui prend in fine la forme de commentaires élaborés en « je suis d’accord » ou « je ne suis pas d’accord », ce que l’on retrouve finalement bien chez les « Facebookiens » avec un commentaire tel que « waaay j’adooore », « MDR !!! Excelland, grandiose », ou encore « Norbert un peu pénible ». Des commentaires qui sont d’ailleurs, rappelons-le, fortement orientés par la question du CM. Mais on peut facilement imaginer que si la question de celui-ci avait été : « Le plat de Norbert avait l’air succulent, qu’en pensez-vous », les télénautes n’auraient pas été avares de « Je suis d’accord » ou

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