Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"

50 %
50 %
Information about Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des...
Entertainment

Published on March 6, 2014

Author: EveAnaelleBlandin

Source: slideshare.net

Description

Mon mémoire de master 1 constitue une enquête sociologique qualitative ayant pour objectif de rendre compte et de comprendre la réception des téléspectateurs d'émissions culinaires actuelles telles que "Un dîner presque parfait", "Masterchef", ou "Top Chef". Par l'intermédiaire d'entretiens individuels semi-directifs complétés par des recherches théoriques en sociologie de la télévision, je me suis particulièrement intéressée à l'insertion de ces émissions dans le genre télévisuel de la TV réalité, au profil des téléspectateurs interrogés, et aux nouvelles pratiques sociales dont ces émissions télévisées sont à l'origine.
Ce mémoire a obtenu la note de 17/20.

UNIVERSITÉ DE LYON UNIVERSITÉ LUMIÈRE LYON 2 INSTITUT D'ÉTUDES POLITIQUES DE LYON Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles Eve­Anaelle Blandin Type de mémoire Séminaire ou option 20XX - 20XX Sous la direction de : Max Sanier Membres du jury:  Jean­Michel Rampon (Soutenu le : XX mois 20XX )

Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles

SOMMAIRE Remerciements ...................................................................................................................................... 1 Construction de l’objet.......................................................................................................................... 3 I/ Les émissions culinaires semblent être un renouveau du genre qu’est la télé-réalité et constituent donc un modèle hybride ........................................................................................ 38 1.1 Un modèle hybride : entre divertissement, apprentissage, et spectacle 39 1.1.1 La cuisine : la dimension phare de l’émission qui a su attirer des téléspectateurs et les séduire en devenant une véritable source d’apprentissage.......................................................40 1.1.2 Un show culinaire : beauté des plats, talent des candidats, un show qui sait mettre l’eau à la bouche des gourmands et gourmets devant leur poste de télévision.....................................43 1.1.3 Le divertissement en plus : des téléspectateurs qui recherchent avant tout un moment de détente ....................................................................................................................................46 1.1.4 Un modèle hybride, un modèle à l’équilibre fragile .......................................................49 1.2 Continuité et dépassement des émissions de télé-réalité classiques 53 1.2.2 La TV-réalité ; un genre en renouvellement permanent, à la conquête d’un nouveau public, ou à la reconquête d’un public lassé. ...........................................................................62 1.3 Le côté « cousu de fils blancs » d’une émission de télé-réalité 72 1.3.1 De prime abord, des téléspectateurs peu critiques, peu conscients de la construction préalable de l’émission ...........................................................................................................72 1.3.2 Construction et montage ................................................................................................74 1.3.3 Un changement de discours : regard critique, du côté des producteurs, les téléspectateurs ne s’intègrent soudainement plus dans le public de l’émission................................................78 ................................................................................................................................................................... 81 II/ Des réceptions différenciées .................................................................................................... 82 2.1 Différentes réceptions en fonction de différents critères 83 2.1.1 L’activité professionnelle................................................................................................83 2.1.2 La situation familiale .....................................................................................................89 2.1.3 La pratique TV ...............................................................................................................96 2.2 Emissions culinaires – des téléspectateurs ayant un lien particulier à la cuisine 104 2.2.1 Une vision de la cuisine propre à chacun qu’il peut retrouver dans les différentes émissions ..............................................................................................................................104 2.2.2 Le niveau de cuisine....................................................................................................110 2.2.3 Gourmand, gourmet, l’habitude des bonnes tables.......................................................121 2.2.4 Plaisir de recevoir ........................................................................................................123 III/ Les émissions ont un impact concret sur le quotidien des téléspectateurs ............128 3.1 La cuisine au quotidien : impact des émissions sur la pratique culinaire des téléspectateurs 128 3.1.1 Réutiliser des recettes ou des idées de décoration 129 3.1.2 Transformer sa pratique culinaire ................................................................................131 3.1.3 Transformation dans l'univers professionnel de la cuisine, et de la perception de celui-ci ...............................................................................................................................................133 3.2 De l’organisation du quotidien au rituel, en passant par la création et le renforcement de liens 134 3.2.1 De l’organisation du quotidien au rituel .......................................................................135 3.2.2 Nouveau liens, nouvelles habitudes : le forum .............................................................140 3.2.3 Partage, conversation et nouvelles pratiques – les émissions culinaires au cœur du quotidien................................................................................................................................146 Conclusion ........................................................................................................................................... 165

Bibliographie ..................................................................................................................................... 174 Index...................................................................................................................................................... 177 Annexes................................................................................................................................................ 179

Remerciements Par ces quelques lignes, je souhaite adresser mes plus chaleureux remerciements à ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à ce mémoire. Mes premiers remerciements vont, bien évidemment, à M. Max Sanier, Maître de Conférences en Communication à Sciences po Lyon, qui m’a accompagnée tout au long de cette année. Il a su me guider et répondre à mes interrogations, toujours avec une grande disponibilité et des conseils avisés. Je le remercie également de m’avoir soutenue alors que je souhaitais réaliser un mémoire dans lequel la télévision, et les téléspectateurs, étaient au cœur de la problématique, faisant ainsi preuve d’une ouverture d’esprit particulièrement appréciable. J’adresse ensuite mes remerciements à M. Jean-Michel Rampon, Maître de Conférences en Communication à Sciences Po Lyon, qui a immédiatement accepté d’être membre du jury de ma soutenance lorsque je le lui ai proposé. Maryse, Véronique, Andréa, ou encore Marc, toutes les personnes interrogées au cours de ces mois de recherche tiennent évidemment une place particulière dans ces remerciements. Tous ces téléspectateurs ont su me faire confiance, partager leurs expériences, et m’accorder un peu de leur temps, avec beaucoup de gentillesse, de disponibilité et de sincérité. Je leur adresse toute ma reconnaissance. J’espère avoir su utiliser au mieux leurs témoignages. Enfin, c’est à ma famille et à mes amis que se destinent mes ultimes remerciements, en particulier à ceux qui m’ont soutenue, tant dans les mois de recherche que dans les semaines d’écriture, et de re-lecture. 1

Construction de l’objet 2

Construction de l’objet Tantôt critiquée, tantôt plébiscitée ; tantôt instrument de démocratisation, tantôt instrument purement commercial aux tendances manipulatrices, la télévision fait parler d’elle depuis plus d’un demi-siècle. Rien d’étonnant à cela, puisqu’elle est intégrée au quotidien des français, notamment depuis son large développement au cours des années 1950. En 2004, on comptait 25 millions de foyers disposant d’un téléviseur. Et ce chiffre continue d’augmenter, malgré les doutes concernant la capacité de résistance de la télévision face à un média comme Internet (Missika1). Si l’on réfléchit sur la télévision et sur son utilisation, on constate qu’elle a une place à part entière dans la vie des français : nombre de foyers ont installé leur poste de télévision au cœur de la maison – dans le salon, parfois même dans la salle à manger, quand ce n’est pas dans la cuisine. Elle accompagne le quotidien des femmes aux foyers, jouant le rôle d’une présence dans la maison. Dans beaucoup de ménages, elle rythme le déroulement des repas ; elle donne une raison de se retrouver autour, par exemple, du film du dimanche soir. Mais elle peut également être un sujet de discorde qui révèle des rapports de pouvoir particuliers à chaque famille : conflits pour le choix du programme, autorité des parents sur le visionnage de tel ou tel programme, etc. Même en s’écartant du contexte purement familial, on remarque que la télévision est une pratique collective, et la réception des émissions télévisées ne peut se comprendre que dans le contexte collectif dans lequel elles se déroulent. Regarder une émission de télévision, c’est aussi en discuter auparavant, pendant, et après ; au téléphone, avec des amis ou au travail avec des collègues. En effet, il peut être parfois bénéfique de parler d’un programme TV avec un collègue, car cela permet de découvrir un peu la personne avec qui l’on discute sans pour autant poser des questions touchant directement son intimité. Regarder une émission de télévision, c’est aussi avoir un avis ce qu’elle propose et que l’on n’a peut-être même pas regardé, mais que l’on connaît par réputation pour en avoir entendu les critiques et les commentaires, ou pour avoir lu un article dessus dans la presse. C’est enfin accepter de faire partie d’un collectif : le public de l’émission. Ces premiers programmes de télé-réalité 1 Missika Jean-Louis, La fin de la télévision, Paris, Seuil, 2006 3

possèdent tous les caractéristiques qui dont d’eux un genre hybride, à la croisée du documentaire et du divertissement, de la réalité et de la fiction. Si les téléspectateurs intègrent pleinement la télévision à leur quotidien, il semble aujourd’hui que la télévision intègre de plus en plus son public à ses programmes. On parle parfois d’un passage d’une paléo-télévision, c’est-à-dire une télévision d’Etat, à une néotélévision, télévision de société, puis post télévision (Missika 2). Un bref état des lieux des émissions TV des dix dernières années suffit pour s’en apercevoir : la télévision inclut de plus en plus une dimension de « réalité ». Les années 2000 en France voient naître des émissions de pure TV réalité avec Loft Story (2001). Puis la TV réalité s’approprie le domaine très fermé de la musique afin de donner un peu de rêve et d’espoir à des milliers de candidats : c’est ainsi que naissent la Star Academy (2001), Popstars (2001), ou encore Nouvelle Star (2003). Ces premiers programmes de télé-réalité possèdent tous les caractéristiques qui dont d’eux un genre hybride, à la croisée du documentaire et du divertissement, de la réalité et de la fiction. Ces émissions s’élaborent également autour d’une dimension essentielle, celle du « rêve »: des «monsieur-tout-le-monde » peuvent soudain passer de l’autre côté de l’écran et devenir des vedettes. Le monde fermé du showbiz devient accessible, et les téléspectateurs peuvent davantage s’identifier à ces nouvelles stars, puisqu’ils les ont vues naître, puisque après tout elles étaient comme eux. Avec la fin des années 2000, et notamment le développement de la Télévision Numérique Terrestre (TNT), les dimensions star et rêve s’effacent pour laisser place à des programmes encore plus proches de la réalité. Avec des émissions comme Vis ma vie (2006), ou Tellement vrai 2008), des personnes ordinaires ne sont plus soudainement projetées dans un monde de strass et de paillettes mais racontent simplement leur quotidien, ou font partager une étape importante de leur vie. Ces courtes émissions laissent une large part aux difficultés rencontrées par ces personnes, comme pour montrer au téléspectateur que sa situation n’est pas unique, afin de rendre possible un puissant processus d’identification. Le téléspectateur ne suit plus seulement chaque jour les turpitudes d’individus qui lui ressemblent, il peut aussi se reconnaître dans leurs épreuves ou leurs réussites, et y lire sa propre histoire, en tirer un apprentissage et, au bout du compte, élaborer sa propre réalité sociale. Mais il me semble qu’un tout autre concept d'émission ait émergé et marqué ces dernières années : il s'agit des émissions culinaires, qui existent depuis le milieu des années 2000 et qui se sont particulièrement développées au cours de ces trois dernières années. Un dîner 2 Missika Jean-Louis, Ibid. 4

presque parfait, Top Chef, Masterchef3, tout un chacun a entendu au moins une fois parler de ces émissions. Et pour cause, elles sont devenues une véritable mode, donnant lieu non seulement à des émissions TV mais également à des magazines, des forums, des jeux de société, et même de nouvelles pratiques sociales (reproduction de l'émission au sein de son cercle d'amis, habitudes culinaires transformées). Il est donc facile de constater le succès de ces émissions par ces données objectives, quantitatives, commerciales et statistiques (voire part d’audience, quelques paragraphes plus bas). Mais plutôt que de simplement prendre acte de ce succès, j'ai eu envie de le comprendre, et pour cela de m'intéresser à la réception de ces émissions par leurs spectateurs. Il existe des émissions de cuisine depuis près d’un demi-siècle. En effet la première émission de cuisine nait en 1954 avec Art et Magie de la cuisine, qui sera suivie de nombreuses autres, comme notamment La Cuisine des Mousquetaires dès 1983, présentée par la célèbre Maïté. Dans toutes ces émissions de cuisine traditionnelles, il s’agit d’un ou d’une cuisinière (pas nécessairement connu ni diplômé), qui va expliquer au téléspectateur comment faire une recette en la reproduisant à l’écran. Si l’on compare ces émissions du XXe siècle aux émissions culinaires du XXIe siècle, la différence est grande. Top Chef, Masterchef, Un dîner presque parfait, ou encore Un resto dans mon salon ; il ne s’agit plus d’un simple cuisinier expliquant une recette de cuisine, mais là encore d’individus ordinaires qui vont vivre à travers une expérience culinaire originale, une aventure humaine. Au long de ce mémoire nous nous appuierons plus particulièrement sur les émissions Un dîner presque parfait, Masterchef, et Top Chef, ces programmes font en effet partie de l'offre télévisuelle des chaînes généralistes traditionnelles (M6 et TF1) et se sont révélées être les plus regardées parmi les téléspectateurs que j'ai pu interroger. Il est temps de présenter brièvement les émissions sur lesquelles j'ai centré mon analyse : Un dîner presque parfait, Top chef, et Masterchef. La première est une quotidienne longue d'environ une heure, diffusée du lundi au vendredi sur M6 à 17h40. Chaque semaine, l'émission est tournée dans une ville différente de France ou de Belgique, dont quelques habitants se reçoivent à manger chez eux chacun leur tour alors qu'ils ne se connaissent pas. Au cours de chaque soirée, l'hôte doit réaliser un menu de choix, une décoration, et une animation à partager avec ses convives. La soirée doit également être organisée en fonction d'un thème choisi par l'hôte. A la fin de chaque réception, les candidats amateurs se notent en fonction de trois critères – cuisine, décoration, et ambiance 3 Tout au long de ce mémoire, j’utiliserai les abréviations suivantes : TC pou Top Chef, MC pour Masterchef, et UDPP pour Un dîner presque parfait 5

– afin que le gagnant puisse être révélé lors du dernier repas. L'émission est née en février 2008, c'est donc la plus ancienne des trois dont j'étudie la réception. Depuis 2008, l'émission a évoluée : elle est devenue un peu plus longue, les séquences de préparation culinaires se sont réduites, et certaines semaines 'spéciales' ont vu le jour (brunch – où les candidats restent dormir les uns chez les autres, couple, séduction, etc). Grâce à cette émission, M6 réalise environ 15% de part d’audience à chaque diffusion (Annexe 1). Top Chef est également diffusée sur M6, le lundi soir d’environ février à mars, et ce depuis trois ans. Le format de l’émission est de 180 minutes. Il s’agit d’une compétition culinaire dans laquelle s’affrontent des participants ayant tous une formation culinaire, souvent de haut niveau. Les épreuves ont généralement lieu dans un grand bâtiment disposant de cuisines de professionnels, et les cuisiniers doivent redoubler d’inventivité et de technique pour réaliser des plats selon un thème particulier : à partir d’un produit spécifique, sans cuisson, pour des sportifs, etc. Les épreuves sont parfois organisées en dehors de l’atelier : sur un bateau, dans un train, ou encore dans une abbaye. Un candidat part chaque semaine, suite au verdict de grands chefs français étoilés : Ghislaine Arabian, Christian Constant, Jean-François Piège, Thierry Marx. Le chef Cyril Lignac – mis en lumière grâce à une émission précédemment diffusée sur M6, Oui, chef ! – intervient en tant que conseiller et coach des candidats. A la fin du concours, le gagnant remporte 100 000 euros. Enfin, Masterchef reprend le concept de TC : il s’agit d’une compétition culinaire, diffusée en prime-time (c’est-à-dire au créneau de 21h00) sur TF1 le jeudi soir, avec des épreuves du même type que celles proposées par TC. Quelques différences tout de même: les candidats sont cette fois des amateurs (mais ayant cependant une bonne maîtrise de la cuisine, plus que ceux de UDPP notamment), le jury est composé de deux chefs (Frederic Anton et Yves Camdeborde) et d’un critique gastronomique, et le gagnant remporte en plus des 100 000 euros, une formation dans une grande école de cuisine ainsi que l’édition d’un livre de ses propres recettes. Ces émissions culinaires sont une parfaite représentation du genre hybride qu’est la télé-réalité. En ce qui concerne Un dîner presque parfait, les quotidiennes sont accessibles à tous : il suffit d’appeler la chaîne pour présenter sa candidature à l’une d’elles. Les émissions sont donc composées de « monsieur-tout-le-monde » à qui le téléspectateur peut parfaitement s’identifier. Si le niveau culinaire des candidats de Masterchef et Top Chef est généralement bien plus élevé que celui des candidats du DPP (il s'agit même, pour l'une des émissions, de professionnels), les téléspectateurs peuvent voir les candidats exprimer 6

leurs doutes et leurs joies, mais aussi leurs moments de panique, bref ce sont des êtres humains qu’ils perçoivent dans leur écran de télévision. Des êtres ordinaires certes, mais pas seulement. En effet ces émissions impliquent ponctuellement (Un dîner presque parfait) ou constamment (Masterchef) des célébrités, des chefs cuisiniers, etc. Enfin, ces émissions jouent également pleinement sur le registre de la fiction par l’intermédiaire du drame, des larmes, bref de l’émotion dans des moments clefs de l’émission, un travail sur le pathos qu’il devient parfois difficile de faire la part des choses entre documentaire et fiction dans ces émissions, et c’est bien là toute leur plus-value. A partir de ces données, je chercherai donc, dans ce mémoire, à étudier la réception de ces émissions culinaires d’un nouveau genre, à comprendre par qui, pourquoi, et comment elles sont regardées. Nous enquêterons également sur les éventuelles pratiques sociales dont ces émissions sont à l’origine, ainsi que sur les liens sociaux qu’elles peuvent créer. Entre divertissement et documentaire, réalité et fiction, les émissions culinaires actuelles apparaissent comme le concept d'émission phare de ces dernières années. Mais comment ceux qui font également leur succès et leur longévité, les téléspectateurs, parlent-ils, perçoivent-ils, et intègrent-ils à leur quotidien ces programmes TV ? Quelques définitions s’imposent afin de bien encadrer mon étude. Je vais travailler sur la réception des émissions culinaires actuelles, et donc sur un public. Mais comment définit-on le public lorsque l’on travaille sur le média qu’est la télévision ? Le « grand public » est défini par Eric Mace4 comme le « public populaire grand consommateur de télévision ». Il serait inenvisageable pour moi d'établir une typologie du public des émissions culinaires auxquelles je m'intéresse. J’ai néanmoins cherché à voir si cette origine sociale populaire se confirmait dans les entretiens que j'ai menés. Le public ne se résume pas à une catégorie sociale définie, il n’a en fait pas d’existence concrète et ne se constitue réellement que dans des pratiques, dans un groupe social se reconnaissant en tant que tel. Il ne faut également pas confondre public et audience. En effet l’audience d’un programme représente tous les individus ayant regardé à un moment donné ce programme, alors que le public d’une émission est constitué en tant que tel : les téléspectateurs parlent 4 Mace Eric, « La programmation de la réception : une sociologie critique des contenus », Réseaux, n°63, 1993, p.109-122 7

de l’émission avec leurs amis, peuvent la suivre sur internet ou en discuter sur des forums. Le public a une image symbolique mais également réelle lorsque celui-ci s’identifie à un autre imaginé. De plus, les forums, les fans clubs, les pages internet ou encore les réseaux sociaux permettent au public de prendre part à une réalité plus concrète, et aux différents individus d’avoir le sentiment de faire partie d’une communauté particulière. Bref, en assumant regarder une émission le téléspectateur s’affirme et s’identifie dans l’espace social. C’est pour cela que j'ai cherché à déterminer deux choses : - Les téléspectateurs des émissions culinaires s’approprient-ils ces émissions en les utilisant dans leur quotidien, et ces programmes sont-ils à l’origine de pratiques sociales particulières ? - Les téléspectateurs s'incluent-ils dans le public de l'émission ou parlent-ils de l' « audience », les « téléspectateurs » sans pour autant s'inclure dedans ? Venons-en maintenant à un second terme clef de mon étude : la réception. La réception d’une émission télévisée est la manière dont cette émission est reçue par les spectateurs, il s’agit donc d’un processus qui s’inscrit dans un contexte historique, culturel, et collectif. Le contexte de la réception étant multiforme, la réception elle-même ne peut être unique et universelle, il en existe différents types. Eric Mace établit par exemple une distinction entre « réception dégagée » et « réception engagée 5». La première consiste à utiliser l’émission comme un bruit de fond, en effectuant une autre activité en même temps, ou en la regardant davantage par amusement – pour s’en moquer – et avec une dimension critique pointue, plutôt que par pur et simple goût. Lors d’une « réception engagée » en revanche il y a un véritable processus d’identification qui se met en place chez le téléspectateur qui regarde l’émission. Il s’agissait donc tout au long de mon étude de comprendre comment les téléspectateurs de Un dîner presque parfait, Masterchef et Top Chef reçoivent cette émission, en prenant en compte le contexte de réception, la manière dont ils regardent le programme, et bien sûr leur propre discours sur les fondements de l’intérêt qu’ils portent à ces émissions. En ce qui concerne les enquêtes sur la réception, il existe deux grands types de travaux correspondant à deux écoles de pensée. On trouve tout d'abord l'école fonctionnaliste des « usages et gratifications » qui se centre sur la façon dont la télévision 5 Mace Eric, « La programmation de la réception : une sociologie critique des contenus », Réseaux, n°63, 1993 8

et les programmes télévisés sont utilisés pour satisfaire certains besoins, sans s'intéresser spécifiquement aux contenus des programmes, à la façon dont ces programmes sont perçus. Dans la tradition de Birmingham (1964), on s'interroge davantage sur la signification qui ressort d'une interaction entre les téléspectateurs et le texte, c'est-à-dire la télévision. A travers mon enquête je cherche à me situer entre ces deux écoles. En effet je ne m'intéresse pas à la télévision en générale mais à des émissions particulières – les émissions culinaires – qui ont donc un sens et un intérêt particulier pour les téléspectateurs. Néanmoins je ne souhaite pas en rester au niveau de la signification de ces programmes, je souhaite également voir quels usages les téléspectateurs en font : si ces émissions deviennent un rituel, si elles sont une source d'apprentissage réutilisée au quotidien, si elles structurent leur quotidien etc. Il existe différents types de travaux sur les téléspectateurs : approches sociologique, sémiologique, ou encore psychosociale. J'ai choisi d'opter pour une approche sociologique, que C. Segur décrit comme une approche s'intéressant à la « composition des publics, la consommation de la télévision et les usages qui y sont liés 6». Il s'agit d'enquêtes sur l'activité téléspectatorielle en termes d'équipement et de consommation, puis de l'étude des actes de réception mesurés au moment même de leur pratique ou tels qu'ils sont exprimés dans le discours des individus. La base de mon travail s’appuie sur la sociologie de la télévision et de ses téléspectateurs qui existe en France depuis les années 1950 et dont il est maintenant temps de faire un rapide état des lieux. Les téléspectateurs deviennent un objet scientifique dans les années 1950, 1960. Cet intérêt scientifique s'explique notamment par la manifestation des téléspectateurs dans ces mêmes années. En effet, ces derniers s'organisent au sein d'associations, de diffusions collectives ou de courrier des lecteurs. En 1965, 59% des français affirment que la télévision a changé leur vie7. Les premières préoccupations vis-à-vis des téléspectateurs viennent de l'Etat et notamment des politiques. En effet sous l'ORTF, la télévision est utilisée par les politiques pour influencer les citoyens, elle devient un support privilégié des campagnes de communication. Ces préoccupations vont intégrer le secteur intellectuel, et 6 Ségur Céline, Les recherches sur les téléspectateurs – trajectoires académiques, Hermès Science Publications, 2010, p.116 7 Ségur Céline, Ibid. 9

les premières craintes sur des éventuels effets néfastes de la télévision vont naître, ainsi que les premières relativisations. Harold Laswell (1948) théorise le concept de seringue hypodermique : les appareils médiatiques pourraient injecter des messages en ceux qui les consomment, et seraient donc en mesure de les influencer très fortement. Lazarsfeld P., Merton RK, et enfin Kate Elihu introduisent les effets limités qui permettent de relativiser les propos de Laswell (1948) et donc notamment l'influence directe de la télévision sur les téléspectateurs 8. Ils démontrent une influence plus personnelle, soumise à interprétation et ré-interprétation, et soulignent le rôle important des leaders d'opinion. De la même façon, l'Ecole de Francfort conteste également le modèle fonctionnaliste de la communication influencé par les théories de Lasswell (1948). En effet l'Ecole de Francfort note que la signification des messages est souvent celle de l'opinion, qu'on a une standardisation des messages qui détermine la réception de manière schématique, et enfin une stéréotypie car les émissions viennent renforcer les clichés des individus. A partir des années 1960, la télévision se démocratise et « on parle alors d'un grand public 9» . En 1963, Bourdieu P. et Passeron JC. soulignent une diversité des réceptions plutôt qu'un public de masse : « Ces publics éphémères et fluctuants dont les chevauchements infinis découragent l'analyse, coïncident-ils, en tout ou en partie, avec des groupes sociaux réels ? 10». Néanmoins, si les recherches sur les téléspectateurs émergent dans les années 195060, elles restent assez discrètes et deviennent une véritable problématique du champ académique uniquement dans les années 1980. C'est en effet à cette période que naissent les premières revues scientifiques pouvant être amenées à s'intéresser au sujet (Médiaspouvoirs, Quaderni, Hermès). On commence également à représenter le téléspectateur : du téléspectateur passif à la réhabilitation d'un téléspectateur actif avec Missika et Wolton (1983). J'ai donc cherché au cours de ce mémoire à analyser la réception des téléspectateurs des émissions culinaires actuelles en termes de réception active et réception passive. Dans les ouvrages consacrés à la télévision, une étude des programmes ou d'un programme en particulier est souvent un préalable à la recherche sur la réception. La réception ne fait d'ailleurs souvent l'objet que de quelques chapitres au sein de l'ouvrage. 8 Ségur Céline, Ibid., p.39 Ségur Céline, op. cit., p.41 10 Bourdieu Pierre, 1963, p.1002, cité dans Segur Céline, op. cit.,p.41 9 10

En ce qui me concerne, ne souhaitant pas faire une analyse des émissions culinaires en tant que produit audiovisuel, je me suis principalement intéressée à la façon dont ces programmes étaient reçus, à la façon dont les téléspectateurs en parlaient. Mon travail repose donc essentiellement sur des entretiens et il consiste nécessairement en une certaine interprétation des propos tenus. En effet « la réception n'a d'existence sociale que sous forme de discours et la recherche sur la réception elle-même ne procède pas autrement 11». L'analyse de discours portés par des téléspectateurs n'étant pas une tâche évidente, je me suis donc aidée de l'ouvrage de Dominique Boullier (2004). Il m'a permis de souligner certains aspects récurrents dans les discours concernant la télévision. Ainsi, ce média souffre clairement d'un manque de légitimité, notamment causé par une diffusion de masse, si bien que les individus peuvent avoir tendance à prendre leur distance avec ce médium afin de se distinguer de la masse. Les personnes interrogées peuvent donc parfois ne pas franchement assumer leur lien avec la télévision et donc ne pas s'exprimer pleinement sur leur activité de téléspectateur. De même, Boullier (2004) explique qu'il existe parmi les téléspectateurs une crainte d'apparaître captif, et on peut voir apparaître dans les discours des expressions comme « je regarde distraitement, je fais autre chose », ou « c'est parce que les autres regardent ». J'ai donc cherché à voir si cette distanciation avec la télévision apparaissait dans les discours des téléspectateurs des émissions culinaires. Boullier (2004) note également que les discours sont souvent marqués par le « thème de la prise, de la capture, de la dépendance12 » et peuvent alors se traduire par des remarques telles que « ça m'accroche ». En effet « l'activité télévision est à la fois sérieuse et suspecte : on y réintroduit en permanence une relativisation, une dévaluation ou une distance qui la laisse à sa place13 ». J'ai donc regardé dans mes entretiens si ce type d'expression et ce rapport assez distancié – au moins dans les mots – ressortaient dans les discours des téléspectateurs des émissions culinaires. Boullier (2004) explique que les téléspectateurs peuvent justifier leur activité télévision sans pour autant utiliser l'univers de la télévision dans leur argumentaire. Il note alors trois types d'arguments hors TV que je pouvais éventuellement retrouver dans les discours des téléspectateurs de UDPP, TC ou MC : - « les pratiques sont expliquées par des contraintes provoquées 14» : dans ce cas le téléspectateur interviewé explique qu'il ne regarde Top Chef que parce que sa femme regarde tous les lundi soirs par exemple. 11 Boullier Dominique, La télévision telle qu'on la parle, Paris, L’Harmattan, 2004, p.14 Boullier Dominique, Ibid., p.101 13 Boullier Dominique, Ibid., p.118 14 Boullier Dominique, Ibid., p.158 12 11

- « les goûts sont expliqués par des univers d'appartenance15 » : un téléspectateur affirme par exemple regarder UDPP principalement quand l'émission a lieu dans une région qui a une résonnance personnelle pour lui. - « les jugements sont expliqués en référence à des principes supérieurs communs 16» : le téléspectateur de MC exprime alors son goût pour l'émission par l'intermédiaire d'une valeur commune et reconnue, en disant par exemple que « c'est instructif ». Ainsi mon enquête s'inscrit dans la lignée du travail qu'a réalisé D. Boullier (2004), elle est donc nécessairement un travail d'interprétation de discours, si bien qu'il est nécessaire de rappeler qu' « il faut en prendre son parti : nous n'embrasserons jamais la totalité du social, nous n'atteindrons pas un point de vue indépendant des points de vue 17». Du Côté du public, de Brigitte Le Grignou (2003) a été une lecture particulièrement utile. Elle m'a en effet donné des éléments d’analyse sur les question de public, de réception active, des pratiques télévisuelles, des difficultés pour analyser la réception, et de réception de la TV comme révélateur de comportements d’individus dans le monde social. Le Grignou met en avant la réception active des individus. Elle montre notamment que la réception n’est pas une donnée unique qui s’étudie sans prendre acte des éléments extérieurs, au contraire la réception s’insère dans un ensemble de discours qui vont l’influencer et la construire (les autres programmes, les critiques ou les articles dans les journaux, programmes télévisés). De plus, cette réception n’est pas parfaitement personnelle puisqu’elle a, au contraire, une très forte dimension collective : la discussion qui va suivre ou accompagner l’émission avec un ami ou un membre de la famille par exemple, les commentaires faits en même temps que la diffusion. Elle montre également que la réception est active dans sa dimension critique, en effet les téléspectateurs sont tout à fait capables de juger une émission TV, que ce soit sur le sens du message ou sur ses caractéristiques techniques. Le Grignou souligne les usages sociaux de la télévision, ce qui m'a été utile pour construire ma grille d'entretiens. Par exemple, elle met en avant l’usage qui peut en être fait en société ; c’est ainsi un sujet de conversation idéal au travail car il permet d’aller vers l’intime de quelqu’un sans pour autant lui poser des questions indiscrètes. Elle dresse une typologie des usages sociaux que j'ai essayé d'inclure dans ma grille d'entretien, notamment en ce qui concerne les trois premiers : 15 Boullier Dominique, Ibid., p.158 Boullier Dominique, Ibid., p.158 17 Boullier Dominique, Ibid., p.11 16 12

- usage structurel (TV utilisée comme bruit de fond, marqueur du quotidien). - usage relationnel (sujet de discussion). - usage apprentissage (diffusions de valeurs, d’informations, de comportements imitables). - usage « compétence et domination 18» (p108) qui permet de percevoir une forme de pouvoir dans la famille. Enfin, cet intéressant ouvrage m'a permis de détecter des difficultés qui risquaient de se présenter lors de la réalisation des entretiens. En effet, le chapitre neuf montre que la télévision manque de légitimité, et que de ce fait, les individus ne vont pas forcément en parler librement. De plus, parler de la télévision peut également entraîner un mécanisme de présentation de soi, notamment chez les adolescents. De fait, un adolescent spectateur peut être influencé par le contexte familial : par exemple, regarder une série télévisée dans une famille d’intellectuels aisés est assez mal vu, il ne pourra là encore certainement pas en parler librement. Cela souligne également l’importance de s’affirmer en tant que téléspectateur d’une certaine émission. En effet, selon Le Grignou, « en parler c’est aussi affirmer qui l’on est et quelle place l’on occupe dans l’espace social 19 ». Il me semblait donc dès lors intéressant de rechercher si les téléspectateurs des émissions culinaires actuelles assumaient le fait de regarder ces émissions et s'ils s'incluaient pleinement dans le public. Dans La programmation de la réception, Eric Macé (1994) explique que les programmes télévisés représentent notamment et principalement l’expérience des dominés (dans les journaux TV ou dans les divertissements, il est souvent question de drame, sexualité, violence, famille) et ce parce que le public de la télévision est principalement populaire. Il parle alors de programmation de la réception puisque selon lui la programmation intègre la réception : « ce sont moins les gens qui regardent la télévision que la télévision qui les regarde 20». Mace note alors deux aspects dans la relation télévision-public : - la subjectivation de l’expérience sociale des dominés au sein d’un nouvel espace public par l’utilisation de toutes les questions sociales des téléspectateurs. 18 Le Grignou Brigitte, Du côté du public : usages et réception de la télévision, Paris, Economica, 2003, p.108 19 Le Grignou Brigitte, Ibid., p.118 20 Mace Eric, « La programmation de la réception : une sociologie critique des contenus », Réseaux, n°63, 1993, p.111 13

- Une logique marchande de la télévision : « elle impose à cette subjectivation sociale la ‘sujétion’ culturelle à des dispositifs de manipulation des signes 21». De plus, il souligne trois niveaux de la programmation de la réception et d’analyse des contenus, qui m'ont également été utiles lors de la réalisation et de l’analyse des entretiens : - le message, c’est-à-dire le message émis puis son acceptation (et donc le renforcement de l’opinion préalable), ou le rejet. Ce premier niveau est celui de l’opinion. - les codes : « densité dramatique, comique, ou de proximité formelle 22», c’est ce qui va déterminer si le téléspectateur continue à regarder le programme ou change de chaîne. - projectif, c’est-à-dire la subjectivation de l’expérience des individus, une réception donc plus engagée. Ces deux niveaux représentent les rapports sociaux de domination. Eric Mace met également en avant un autre type de réception qui pouvait tout à fait s’inscrire dans le cadre d’une émission comme Un dîner presque parfait ou même Masterchef, la « réception dégagée 23». Il s’agit là d’utiliser la télévision en arrière-plan, ou de regarder l’émission avec un œil critique ou amusé. Enfin, l’auteur montre que la télévision se nourrit de la pratique familiale qu’elle représente, car on constate l’utilisation fréquente d’enfants dans les émissions. En effet, cette utilisation renvoie alors au cercle le plus étroit de la sphère privée du public populaire, or la programmation de la réception est fondée sur l’identification. Cette remarque est intéressante car il a été diffusé très récemment une émission spéciale de Masterchef, non plus avec des adultes amateurs mais avec des enfants amateurs de cuisine. Qu’il s’agisse de la réception dégagée ou de l’utilisation d’une sphère intime dans les programmes, Eric Mace (1993) montre que finalement les téléspectateurs ne regardent pas forcément la télévision par goût pur et simple ou de façon rationnelle, les téléspectateurs peuvent regarder toutes les émissions parce qu’ils sont dominés socialement et parce que les émissions sont fabriquées afin de créer un mécanisme d’identification, et à partir de là ils « peuvent se gaver de n’importe quoi » (p120). Dominique Pasquier (1999) dans son article intitulé La télévision – mauvais objet de la sociologie de la culture, reprend la notion de « footing » de Goffman (1981) afin de différencier le public de l’audience. Un téléspectateur peut ne pas assumer de regarder une certaine émission dans un contexte donné, il fait alors partie de l’audience plutôt que du public. Cette remarque m'a fait prendre conscience de la difficulté que représente une étude 21 Mace Eric, op. cit., p.111 Mace Eric, op. cit., p.112 23 Mace Eric, op. cit., p.119 22 14

sur un média aussi peu légitimé dans notre société que la télévision, mais c’est également ce qui fait tout l’intérêt de mon enquête. Au cours des entretiens, il m’a fallu gagner la confiance des personnes interrogées, afin qu’elles se sentent libres de s’exprimer et ne craignent pas d’être jugées. Une connaissance approfondie des programmes a alors été nécessaire, afin de pouvoir amorcer une réelle conversation avec l’interviewé et afin que celui-ci ne se sente pas examiné comme une créature étrange. L’article de Daniel Dayan (1992), intitulé Les mystères de la réception a également largement contribué à ma première réflexion. Dans cet article, Dayan (1992) précise tout d’abord la notion de réception, notamment avec le modèle « texte-lecteur ». Il explique que la réception est active et qu’elle correspond à une production de sens, on ne peut alors pas prédire l’interprétation que le lecteur fera du texte. Le récepteur étant actif il peut rejeter le message, ou le décoder d’une façon différente qu’il a été initialement encodé. Enfin le récepteur est socialisé, de ce fait le contexte de la réception et son bagage culturel vont donc beaucoup jouer. Le récepteur que décrit Dayan (1992) est donc clairement actif. Il fait en ensuite état d’une « attention partagée 24» afin de souligner que les spectateurs regardent rarement un programme du début à la fin sans rien faire d’autre. Ils vont par exemple répondre au téléphone et discuter tout en regardant le programme. Cette notion n’est pas sans rappeler la notion de réception dégagée expliquée précédemment, et elle s'est avérée très utile lors de l'analyse des entretiens puisque plusieurs téléspectateurs, notamment de UDPP, m'ont expliqué qu'ils ne regardaient que rarement la quotidienne en entier, mais choisissaient les parties de l'émission qu'ils préféraient et quittaient l'émission lorsque leurs obligations familiales prenaient le dessus (devoirs des enfants etc). Puis Daniel Dayan (1992) revient sur la notion de public. Il explique que, de manière générale, le public n’a pas de réalité concrète, c’est une notion « construite de toutes pièces par les discours portés sur lui25 », c’est pourquoi il est nécessaire de s’intéresser aux discours que portent les téléspectateurs plutôt qu’à leur pratique en elle-même, et c'est donc pourquoi j'ai décidé de privilégier le travail d'analyse du discours des téléspectateurs. Il met également en avant la dimension collective de la réception : les spectateurs vont se référer à des spectateurs qui ont déjà reçu ce programme et ils vont se positionner par rapport à cette réception. Il associe alors la notion de « réception secondaire » de Ien Ang : « Rencontrer un texte, c’est s’aventurer dans un espace déjà structuré, se joindre à un 24 25 Dayan Daniel, « Les mystères de la réception », Le Débat, n°71, 1992, p.13 Dayan Daniel, Ibid., p.15 15

public déjà désigné, c’est faire jouer sa propre lecture dans un contexte préalablement balisé 26». Ainsi, en regardant un programme, on accepte de faire partie d’une communauté imaginée (concept de Benedict Anderson). Cette dimension de communauté m'a été utile et c'est en en prenant connaissance que j'ai pensé à proposer des entretiens sur un forum consacré aux trois émissions culinaires sur lesquelles je m'appuie, afin d'étudier le discours de téléspectateurs faisant la démarche d'aller discuter de ces émissions au sein d'un groupe, d'une communauté virtuelle. Sur le même thème, la lecture de Michel Gheude m'a également intéressée. En effet il reprend également et questionne la notion de public, de communauté, et de son importance lors de la réception. Il explique ainsi que regarder la télévision c'est aussi « participer au groupe dont nous savons qu'il la regarde. Non plus comme un voyeur observe une réunion à laquelle il ne prend pas part, mais comme un participant à part entière. En ce sens, la télévision est un outil d'intégration. Par elle, je m'insère dans une communauté, j'en fais partie, j'y participe27 ». L'existence de forum non officiels de ces émissions culinaires s'intègre donc très bien à cette dimension intégratrice de la télévision et créatrice d'une communauté, puisqu'en effet les personnes de ce forum ne se connaissaient pas préalablement et ce sont réunis sous forme d'une communauté virtuelle devenue réelle grâce à ces émissions télévisées et aux discussions que celles-ci engendrent. Le livre de Vincent Goulet (2010), Médias et classes populaires m'a permis d’en savoir un peu plus sur les classes populaires, c’est-à-dire les individus qui composent essentiellement le public de la télévision. J'ai tout d’abord retenu la définition des classes populaires donnée par Olivier Schwartz et reprise par Goulet dans son ouvrage : « Les classes populaires sont l’ensemble des groupes sociaux caractérisés par leur position dominée – économiquement, culturellement et symboliquement –, par leurs faibles chances d’améliorer leur destin social, ainsi que par des traits communs en termes de mode de vie, de ‘formes de séparation culturelle’ 28». Dans le quartier populaire où Goulet (2010) réside le temps de son enquête, il constate qu’il n’y a pas d’identité de quartier ou d’importantes relations de voisinages. En effet, les liens faibles ne sont pas favorisés chez les classes populaires, ils préfèrent les liens forts mais peu nombreux, se restreignant généralement aux liens familiaux. L’auteur montre alors que la télévision s’insère pleinement dans cette dimension familiale propre 26 Dayan Daniel, Ibid., p.21 Gheude Michel, Chapitre 7 dans Proulx Serge, Accusé de réception : le téléspectateur construit par les sciences sociales, Paris, L’Harmattan, 1998, p.165 28 Shwartz, 1998, cité dans Goulet Vincent, Médias et classes populaires, Paris, I.N.A, 2010, p.18-19 27 16

aux classes populaires. Ainsi, les pratiques télévisuelles peuvent être le symbole de données ou habitudes au sein du foyer ; par exemple Goulet constate que chez les retraités la vie est parfois planifiée en fonction des programmes télévisés, alors que pour les autres la télévision ne surpasse pas les autres activités sociales (la vie quotidienne est avant tout structurée par le temps de travail). Il s'avérait donc être intéressant de voir dans mon enquête la façon dont la télévision et plus particulièrement les programmes culinaires, sont intégrés dans le quotidien des individus interviewés, en fonction de leur âge, de leur activité professionnelle, et de leur entourage et situation familiale. Il insiste également sur cette pratique collective et familiale qu’est la pratique de la télévision ; regarder la télévision en famille est une sorte de vie familiale à part entière, et de plus « la réception des programmes dépend principalement des membres de la famille avec lesquels ils sont visionnés 29». J'ai donc cherché à voir comment les téléspectateurs interrogés regardaient la télévision, si leur réception était collective, et si cette dimension familiale leur était commune. Enfin, l’auteur montre que la télévision se sert de la propre consommation qu’elle entraîne, en reprenant des valeurs familiales dans ses programmes. Et j’ai justement remarqué qu’il avait déjà été produit une émission d’Un dîner presque parfait spéciale famille, chaque membre de la famille recevant à son tour, les rivalités, les préférences, et les histoires de famille ne venant que faciliter le processus par lequel les téléspectateurs vont s’identifier à ce qu’ils voient sur leur écran de télévision. On peut alors se demander comment, concrètement, en France, a-t-on et continue-ton à se faire une idée de la réception des programmes télévisés. Les mesures d’audience ont rapidement pris une importance prépondérante dans les chaînes de télévision française. Elles sont un témoin de l’intérêt que les téléspectateurs portent aux différents programmes et sont aujourd’hui l’indicateur unique de la relation entre la chaîne et son public. Elles sont également importantes pour les publicitaires qui vont choisir les chaînes et les heures de diffusion de leurs spots publicitaires en fonction de cette audience. De 1967 à 1984 ont été mises en place des mesures d’intérêt ou de satisfaction, réalisées par l’intermédiaire de questionnaires remplis par des foyers panels. En 1976 est mis en place le système CRO Dimensions qualité, composé de questionnaires, le but étant de se rapprocher d’une étude qualitative par l’intermédiaire de plusieurs critères : culture vivante, valeur distractive, originalité du sujet, culture traditionnelle, qualité de réalisation, 29 Goulet Vincent, Ibid., p.54 17

accessibilité, culture vivante, apport de contenu, originalité de la forme. Cela permettrait ainsi de donner une note de satisfaction/qualité aux chaînes. Puis Médiamétrie remplacera ce panel postal par une enquête téléphonique. Aujourd’hui trois établissements traitent ces mesures d’audience : - l’Institut Konso, qui effectue des études téléphoniques - la Sofres, qui dispose d’un panel de 320 foyers et qui réalise des enquêtes par l’intermédiaire de la télématique. - l’IPSOS, qui dispose d’un panel de 1000 personnes30. On constate in fine que la recherche en France dans le domaine de la télévision reste assez en retard comparée à celle des pays anglo-saxons. Et surtout les différentes études et mesures d’audience citées précédemment restent très quantitatives et la place donnée au qualitatif est bien trop faible. En effet si une émission bénéficie d’une large part d’audience lors de certaines diffusions mais qu’on ne sait pas que la majorité des téléspectateurs ne regarde que d’un œil distrait le programme, simplement dans le but d’avoir un fond sonore, est-ce là vraiment un gage de longévité quant au succès d’audience de cette émission télévisée ? Comment savoir quelles dimensions d’un programme plaisent ou déplaisent aux téléspectateurs afin de mieux répondre à leurs attentes lors de la conception des prochains « épisodes » ? Comment savoir ce que représente la télévision pour ceux qui la font vivre ? De ce fait, à travers mon étude de la réception des émissions culinaires actuelles, je souhaite effectuer une enquête qualitative plutôt que quantitative. Mes recherches théoriques m'ont donc permis de mieux appréhender les problématiques liées à la réception, qu’ils me seraient alors utiles de questionner lors de mes entretiens. J'ai de plus accompagné ces recherches théoriques d’un visionnage régulier des émissions culinaires sur lesquelles je souhaitais m'appuyer, afin de réfléchir à des éléments qui pourraient être susceptibles d'intéresser particulièrement les téléspectateurs, et qui pourraient donc être une hypothèse à vérifier : telle dimension de l’émission était-elle bien l’un des éléments permettant de mieux comprendre la réception des programmes culinaires actuels, l’engouement des téléspectateurs ? J'ai ainsi remarqué que ces émissions semblaient être une juxtaposition de genres différents. En effet, elles revêtent toute une forte dimension documentaire, explicative et même pédagogique. Dans MC et TC, les candidats expliquent les techniques culinaires qu'ils utilisent, et l'on voit les chefs réaliser 30 Durand Jacques, « Le jugement des téléspectateurs. L’analyse des programmes de télévision », Hermès, n°11-12, 1992, p.311-318 18

les recettes. De même UDPP – émission dans laquelle l'amateurisme des candidats est pourtant nettement plus prononcé – met en avant les recettes réalisées par les candidats, en reprenant point par point les étapes de la recette et en faisant apparaître la liste des ingrédients à l'écran. D'un autre côté, il ne s'agit pas seulement de la parole de l'expert (comme des émissions de cuisine plus traditionnelles où l'on voit simplement un chef derrière ses fourneaux expliquer la recette qu'il réalise) mais de candidats dont le niveau culinaire est parfois très proche de celui du téléspectateur lambda (UDPP), ou qui ont certes de bonnes techniques de cuisine mais qui ne sont pas pour autant célèbres (MC), et surtout que les téléspectateurs peuvent suivre toutes les semaines, voir dans des moments de stress, de doute, de joie. Le téléspectateur peut alors s'attacher à ces personnes qui vont révéler leurs traits de caractère au fil des émissions, peut-être même s'identifier à certains candidats, ou en soutenir un en particulier. Il semble alors que ces émissions s'intègrent parfaitement au modèle hybride qu'est celui de la télé-réalité. De prime abord cela peut surprendre. En effet, lorsque l'on parle de télé-réalité, on pense rapidement à des émissions telles que Loft Story, Secret Story, ou encore Star academy et Nouvelle star ; des émissions qui ont largement été décriées par la critique, si bien que le terme « télé-réalité » a pris une connotation péjorative dans la société française, notamment à cause des critique de tous bords qui sont apparues dès la première saison de Loft Story 31. Les émissions culinaires semblent bien loin de ces critiques, elles ne créent pas de véritable débat, de crainte et de méfiance au sein de l'espace public, ne reposant par exemple pas sur un voyeurisme avéré. Pourtant lorsque l'on reprend les études théoriques sur la télé-réalité (Hill : 2005, Turner : 2001, Kilborn : 1994), on peut noter que ces émissions remplissent pleinement les caractéristiques de ce genre. En effet trois modèles ont développé et caractérisent ce genre hybride : le journalisme « tabloïd » (la presse à scandales), le documentaire TV, et le divertissement populaire. Ces trois modèles ont donné des caractéristiques particulières au genre qu'est la télé-réalité : - journalisme tabloïd : interactions entre célébrités et personnes ordinaires, sphère privée et sphère publique, information et divertissement. - documentaire TV : a pour but de reproduire la réalité plutôt que de la créer (ce qu'a plutôt tendance à faire la fiction), peut intégrer une dimension explicative à tendance pédagogique. - divertissement populaire : conflits interpersonnels, commérages, rumeurs, émotions. 31 Sergé Gabriel, Loft Story ou la télévision de la honte : la télé-réalité exposée aux rejets, Paris, L’Harmattan, 2008 19

Or, on constate que les émissions culinaires étudiées incluent bien souvent ces différentes caractéristiques. L'interaction entre des célébrités et des personnes ordinaires est de mise dans Masterchef et Top chef (candidats et chefs, candidats et célébrités invitées pour goûter les plats), ainsi que dans UDPP avec les semaines spéciales (les candidats reçoivent une personne célèbre parmi les autres invités). Dans toutes les émissions, on est à la frontière entre sphère privée et sphère publique puisqu'on découvre l'habitat des candidats (UDPP), leur personnalité, leur parcours et leur famille (TC et MC), alors même que tout cela est diffusé à des millions de téléspectateurs et se retrouve de facto dans l'espace public. Ces programmes mélangent également information, explications, par l'intermédiaire de la dimension culinaire qui est très forte (surtout dans TC et MC), et divertissement puisque les candidats ne sont pas sélectionnés par hasard : ils ont généralement des personnalités bien affirmées. On va de plus pouvoir suivre des candidats qui vont s'apprécier les uns les autres ou au contraire se chamailler ; bref, ces émissions relèvent également du divertissement puisqu'on nous montre également la partie plus « humaine », festive ou dramatique de l'expérience que ces candidats sont en train de vivre. On peut donc dire que la télé réalité est une juxtaposition de documentaire et de divertissement. De cette réflexion nait ma première hypothèse, et donc le premier mouvement de mon analyse première grande partie que je détaille ensuite : * Les émissions culinaires actuelles semblent être un renouveau du genre qu'est la télé-réalité, et constituent un modèle hybride qui séduit particulièrement les téléspectateurs. - Les émissions de cuisine sont à la fois regardées en tant que divertissement, en tant que source d'apprentissage, le mélange des deux permettant de soutenir l'attention et l'intérêt du téléspectateur. - L'amateurisme plus marqué des candidats d’UDPP permet une identification plus facile, néanmoins les téléspectateurs réussissent à s'attacher aux candidats de MC et TC, et ainsi à soutenir spécialement l'un d'entre eux. - Les émissions culinaires actuelles sont caractéristiques du genre qu'est la télé-réalité en tant que genre en renouvellement constant : elles pallient au déficit de légitimité des émissions de TV réalité plus classiques (Loft Story, Star Academy), tant et si bien que les téléspectateurs assument leur intérêt prononcé pour ces émissions et osent en parler autour d'eux. 20

- Le côté parfois « cousu de fils blancs » et donc construit de la réalité ressort plus spécifiquement dans MC, si bien que les téléspectateurs s'incluent moins aisément dans le public de l'émission et détectent plus facilement les rouages de cette production audiovisuelle. Comme j'ai pu l'expliquer précédemment à travers les recherches purement théoriques que j'ai faites, il semble exister différents types de réception : une réception active, une réception passive. Je suis donc partie de * l'hypothèse que les téléspectateurs interrogés n'avaient pas la même façon de regarder les émissions (en intégralité ou non, en faisant quelque chose en même temps ou non, en faisant des commentaires ou en étant au contraire seuls et concentrés), qu'ils ne les regardaient pas pour les mêmes raisons (un genre hybride, un véritable cours de cuisine, un pur divertissement venant ainsi satisfaire un moment de détente), qu'ils ne les regardaient pas forcément à la même fréquence (suivi régulier, création d'un certain suspense, ou alors « en tombant dessus »), etc. J'ai alors établi quelques critères afin de dresser des corrélations entre ces critères et certains types de réception : - l'émission concernée (différence entre la façon dont TC est reçue par rapport à MC ou UDPP par exemple) - l'âge et la situation familiale des personnes interrogées - le niveau, la pratique culinaire des téléspectateurs - l'activité principale des téléspectateurs (étudiant, actif, inactif) Le lien entre le type de réception des téléspectateurs et les critères précédemment présentés feront ainsi l'objet de ma seconde partie. Il s'agira donc d'expliquer l'origine de ces critères que je n'avais pas préalablement choisis de façon précise. Je souhaitais avant tout interroger des personnes assez variées en âge (et donc en situation familiale, et en activité professionnelle). Mais rapidement, au bout d'environ quatre entretiens, ces critères sont devenus assez redondants, j'ai pu remarquer des similitudes et établir des corrélations en fonction de ces critères et des types de réception, c'est pourquoi j'ai décidé d'en faire l'une de mes hypothèses de recherche, afin de voir si elle se confirmerait au cours des entretiens suivants. On peut de plus se demander pourquoi je n’ai pas fait du milieu social un critère d’explication. N’ayant pu réaliser que douze entretiens, d’environ 1h30 chacun, il ne me semblait pas raisonnable d’en tirer des conclusions relatives au milieu d’appartenance des 21

personnes étudiées. Dans les études traitant ce critère, notamment celle de Vincent Goulet, le sociologue vit véritablement dans le milieu afin d’en saisir toutes les dimensions, il ne se contente pas d’une conversation d’un peu plus d’une heure. Afin d’établir une comparaison entre différents milieux il m’aurait également fallu disposer d’un panel plus large afin de m’appuyer sur davantage de représentants de chaque catégorie sociale. En un mot, une telle ambition aurait certes été particulièrement intéressante, mais dans le cadre temporel et matériel d’un mémoire de 4ème année, il ne me semblait pas crédible, scientifiquement fondé, d’en faire un critère d’explication. Je dois également préciser ce que j'entends par « niveau, pratique culinaire des téléspectateurs », car ce critère peut sembler particulièrement subjectif. Autant j’étais capable de définir précisément ce que j'entendais par « télé-réalité », autant la pratique culinaire est un critère pleinement subjectif car résultant de l'auto-appréciation des téléspectateurs sur leur niveau culinaire. En effet, toujours au cours des tous premiers entretiens, il ressortait à plusieurs moments certains éléments me permettant de me faire une idée des habitudes culinaires de téléspectateurs. Par exemple lorsqu'ils parlaient de cuisine véritablement, ils citaient certains plats qu'ils avaient réalisés, certaines techniques culinaires qu'ils avaient déjà pu utiliser, ou la façon dont ils s'impliquaient lorsqu'ils recevaient des amis. Lorsque je leur demandais clairement de définir leur niveau culinaire, ils faisaient certes tous preuve de modestie mais laissaient paraître un degré d'implication plus ou moins grand, faisant par exemple référence à des réussites culinaires qu'ils avaient fait, à une bibliothèque plus ou moins pleine de livres de cuisine, ou encore à une habitude de recevoir plutôt « à la bonne franquette », et à ne guère faire d'efforts de cuisine au quotidien. Il est évident que ce critère est largement soumis à une interprétation de ma part, néanmoins les entretiens ayant été généralement assez longs et assez riches, je pense avoir su me faire une idée assez précise des habitudes culinaires des téléspectateurs pour pouvoir en faire un critère au sein de cette seconde hypothèse. Niveau 1 Niveau 2 Niveau 3 Cuisine très peu et ne porte pas d'intérêt particulier à la cuisine Cuisine très peu mais apprécie la gastronomie Cuisine très peu au quotidien mais aime faire un repas un peu travaillé de Niveau 4 temps en temps et apprécie la gastronomie Cuisine des choses simples au quotidien mais aime faire quelques efforts de temps en temps (pour recevoir par exemple) sans pour autant passer des Niveau 5 heures sur des livres de cuisine Cuisine régulièrement, mais toujours de façon très simple et rapide 22

Niveau 6 Cuisine régulièrement, habitude des sites/livres de cuisine, aime recevoir Niveau 7 Niveau 8 avec des plats travaillés Professionnel Cuisine peu mais très gourmet et gourmand, cadre de vie (entourage familial) très marqué par la cuisine Ces critères ont également été choisis car certains pouvaient se croiser. Ainsi, il me semblait probable qu'une personne ayant une expérience culinaire assez poussée soit davantage attirée par une émission comme TC, alors même que cette dernière ne serait sans doute pas aussi intéressante pour quelqu'un dont la cuisine n'était pas foncièrement une passion. De même, la situation professionnelle me semblait pouvoir expliquer la façon

Add a comment

Related presentations

Related pages

Eve-Anaelle BLANDIN - CV - Chargée d'études

En recherche active. ... Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles" ...
Read more

Mémoire fin d'études EABLANDIN "Enquête qualitative sur ...

Download Mémoire fin d'études EABLANDIN ... Il y a également une recherche ... Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles.
Read more

© Benoit Duguay, 2013 Plan la séance 12 La recherche ...

Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles"
Read more

WebDoc IEP : Tous les mémoires accessibles en ligne

Mémoire de séminaire ... Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles : ... Recherche d'efficacité concurrentielle en ...
Read more

Cuisine et radio / télé | Pearltrees

... (TF1) ou « A la recherche de la nouvelle star » (M6). ... Mémoire de recherche EABLANDIN "Enquête qualitative sur la réception ...
Read more

⭐Enquête qualitative sur la réception des émissions ...

Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles. SHARE ; HTML ; DOWNLOAD ; Dimension: px Commencer à balayer dès ...
Read more

Eve-Anaelle Blandin, Tendances Institut - France | Viadeo

En recherche active : ... - Mémoire de 4ème année, en sociologie : Enquête qualitative sur la réception des émissions culinaires actuelles ...
Read more